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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » se demandait Aragon dans un poème mis en chanson plus tard par Léo Ferré. La Fondation Maeght reprend à son compte ce vaste questionnement. Une interrogation sans réponse puisqu’elle touche l’humanité dans son immensité et qui pourtant devient le fil rouge de cette excellente exposition.
Une centaine d’œuvres, peintures, sculptures, dessins, estampes traduisent la représentation sociale de l’homme, ses combats, ses contradictions, ses espoirs. « Toutes les œuvres exposées appartiennent aux trésors de la collection » se réjouit Adrien Maeght. Tels ces bois gravés de Kandinsky peuplés d’une imagerie bucolique, créés très tôt dans l’œuvre du maître de l’abstraction et tirés par Kandinsky lui-même. Autre bonheur, la redécouverte ou la remise à jour d’artistes, tel le groupe de la figuration narrative avec Arroyo, Monory ou Fromanger. Joël Kermarec qui travaille sur l’inconscient dans les années 1970. Ou encore Vladimir Veličkovic et ses hommes torturés fuyant dans des courses sans fin sur des toiles immenses, créées à la fin des années 70.
La mise en scène de l’exposition tire avec finesse sur ce fil rouge de l’humain, groupant les tableaux par séquences égrenées le long des salles. La première s’adresse au regard, le premier contact humain. Alexandre Calder peint un curieux personnage zébré aux yeux vairons rouge et noir qui fixent le spectateur d’une étrange sauvagerie. Puis vient le corps. Corps effondrés, torturés de Veličkovic ou corps mi- humain, mi- végétal, d’un bronze de Germaine Richier (La forêt, 1946-47). Les territoires s’affrontent dans la série policière d’Edouardo Arroyo rythmée par ses armes à feu. Sur un mur parallèle Julio González calme le jeu dans une série de travaux des champs aux subtils tons de bleu, vert et brun. La ville et la campagne s’agitent autour d’un grand Fernand léger, La partie de campagne (1954), zébré de larges bandes bleu, vert, jaune, orange. Le déjeuner sur l’herbe de Jacques Monory fige l’artiste et ses amis dans un silence insolite, comme si une coulée de lave les avait pétrifiés. Chagall raconte les rêves. Puis viennent fureurs et tremblements. Ernest Pignon Ernest cache le sexe féminin dans de pudiques draperies, tandis que Rebeyrolle ose une horrible scène de tortures et le « dernier nomade » n’est plus qu’une composition de cartouches.
Que reste-t-il de ces vies ? La solitude répond la dernière salle. Emprisonnement derrière des barreaux par Djamel Tatah, emprisonnement d’un tigre dans des bandes de cases bleues de Monory. Isolement d’un homme assis de trois quart dans le coin d’un grand tableau par Sam Safran. Et en point d’orgue, l’homme qui marche et la femme debout de Diego Giacometti. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Françoise Chauvin
Visuels : Fernand Léger, La partie de campagne, 1954. Huile sur toile, 245 cm x 301 cm. © Adagp, Paris 2017-2018. Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght.
Djamel Tatah, Sans titre, 2013. Huile et cire sur toile, 160 cm x 160 cm. © Adagp, Paris 2017-2018.
Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght.
Germaine Richier, La Forêt, 1946-1947. Bronze, 118 cm x 29 cm x 31,5 cm. © Adagp, Paris 2017-2018. Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght.

Du 16 décembre 2017 au 11 mars 2018
Fondation Maeght
623 chemin des Gardettes, 06570 Saint-Paul de Vence
Ouvert d’octobre à juin, de 10h à 18h
Tarif plein : 15€
Tel. +33 (0)4 93 32 81 63
www.fondation-maeght.com