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Féminités

Un vaste titre polysémique qui réunit des peintures, des photos, des sculptures contemporaines africaines, chacune un hommage à la femme représentée par un corps, ou des parties du corps, souriante ou boudeuse, mais présente et vivante. Les accrochages à la Fondation Blachère sont souvent spectaculaires, et cette fois-ci encore, l’éclairage, la disposition des sculptures devant une toile blanche, la succession des toiles et photos dont on ne sait pas si elle répond à un concept particulier, mais qu’importe, tout contribue à la beauté de cette présentation. On peut seulement regretter qu’il y ait si peu d’explications sur les artistes, juste nommés, avec leur pays d’origine et le nom de l’œuvre.
Les œuvres des 27 artistes représentés, dont plusieurs femmes, proviennent de la collection même de la Fondation. Elles ont été choisies au fil des années, non pour explorer une thématique, mais parce qu’elles avaient séduit le collectionneur, spécialiste en art africain. L’exposition s’ouvre sur les photos de Hans Silvester, artiste allemand installé en Provence, qui a photographié pendant des années les peuples d’Éthiopie : les femmes sont peintes, « bijoutées », voire scarifiées, et plantent dans vos yeux un regard qui vous dit clairement : je n’ai rien à apprendre de toi ! (Femme Hamer, Ethiopie, 2018). J. D. Okhai Ojeikere veut perpétuer la mémoire de la culture nigériane. Sa série de tirages en noir et blanc, “Hairstyles”, en est l’une des facettes, porteuse de la fierté des nigérianes. Seyni Awa Camara exerce ses talents en poterie dans son village de Casamance : elle y sculpte des statuettes féminines, bourgeonnant et fleurissant de sexualité et de maternité féconde (Céramiques, 2006). Ce ne sont pas des sculptures faites de munitions que Freddy Tsimba offre ici, mais plutôt des œuvres dansantes, entre figuration et abstraction, dans lesquelles on reconnait une amazone ou une femme au foyer qui ne peut qu’être africaine (Celle qui a bravé le temps, 2006). Ndary Lo travaille le fer pour explorer l’humain, formes étirées qui ne sont pas sans rappeler L’Homme qui Marche de Giacometti. Ici, ces femmes aux ventres emplis de têtes de poupées blanches invitent à regarder à l’intérieur de cette résille de fers à cheval, et en deviner le sens : descendance africaine des occidentaux ? Mères porteuses ? Ou hymne à la fécondité ? (Échographie I, 2002). On aimerait citer tous les artistes, comme Pierre Bodo qui peint avec l’exubérance d’un Chéri Samba, Oumar Ly et Mory Bamba, qui perpétuent la tradition des photos posées de Seydou Keïta, ou Kine Aw, qui se dit dans une forme de tradition cubiste mais usant de géométries arrondies, et dont la peinture, L’Envol, 2015, aurait eu sa place dans l’exposition-chant du cygne de la Maison Rouge.
Une exposition qui permet de prendre la vraie mesure de la noblesse des femmes et des artistes du continent africain, tout simplement.
Elisabeth Hopkins
Visuels : Vue de l’exposition Féminités, Fondation Blachère - Apt. Photo : E.H. Pierre Bodo (RD Congo), Sans titre, IV a VI, 2005. Photo E.H.

Du 11 octobre 2018 au 5 janvier 2019
Fondation Blachère
384 avenue des Argiles
ZI les Bourguignons
84400 Apt
Du lundi au samedi de 14h à 18h,
Entrée libre
Sera ouvert les dimanches de décembre avant Noël.
www.fondationblachere.org