L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

Le site des meilleures expositions à Paris, en France et en Europe et des portraits d’artistes
spacer

Giacometti. Entre tradition et avant-garde

Alberto Giacometti (1901-1966) a seulement 13 ans en 1914 quand il reproduit le visage de son frère Diego. Une première sculpture en plâtre, classique, tout en délicatesse. Tous les membres de la famille poseront régulièrement pour lui, comme par la suite son épouse Annette Arm, l’un de ses modèles favoris (Petit buste d’Annette, vers 1951). Représenter la figure humaine de la manière la plus ressemblante possible est alors son obsession, et le restera. Initié très tôt à l’art à Borgonovo, en Suisse italienne, dans l’atelier de son père peintre et graveur impressionniste, c’est dans un Paris en pleine effervescence artistique qu’Alberto débarque en 1922 pour se former auprès de Bourdelle à l’Académie de la Grande Chaumière (aujourd’hui en danger de démolition).
L’exposition, exclusivement consacrée à sa sculpture, que lui consacre le musée Maillol en collaboration avec la Fondation Giacometti, ouvre tout naturellement sur les premières têtes réalisées par Giacometti, mais aussi par d’autres sculpteurs, tel Maillol, maître des lieux. Une mise en regard que l’on retrouvera tout au long du parcours avec d’autres artistes et qui éclaire les relations et les influences que Giacometti a entretenues avec eux. D’abord le classicisme avec Despiau et Maillol, puis le cubisme avec Zadkine et Lipchitz, en décomposant les figures en volumes (Tête de crâne, 1934). Le nouvel engouement des avant-gardes pour les arts extra-occidentaux, africains notamment, lui inspire ensuite des œuvres comme Le Couple, 1927, deux stèles aux figures plates, stylisées jusqu’à l’abstraction. Puis, fasciné comme les surréalistes par les mannequins de vitrines, il crée sa Femme qui marche, 1932, au long corps juvénile. Dans sa première version, Giacometti l’a complétée par un manche de violoncelle en guise de tête et lui a ajouté des bras mobiles terminés par une fleur et des plumes. Des éléments qu’il supprime dans une nouvelle et très sensuelle version de 1936 ; un corps parfaitement lisse, proche de la statuaire égyptienne par sa frontalité.
Après la guerre, rompant avec le groupe surréaliste, Giacometti revient à la pratique de la sculpture d’après modèle vivant, telles Marie-Laure de Noailles et Simone de Beauvoir, en 1946. Tout comme le socle devient un élément constitutif de sa statuaire, ses personnages s’allongent progressivement jusqu’à la démesure, et se mettent en marche, isolés ou en groupes (La Forêt, 1950). La version ultime de ses recherches est le fameux Homme qui marche, 1959, une silhouette que lui a inspiré l’Homme qui marche de Rodin (vers 1921). Mais tandis que Rodin a cherché à magnifier un torse et à symboliser la puissance expressive du mouvement, Giacometti a stylisé et filiformisé le personnage, le réduisant à l’essentiel, symbolisant une humanité la plus universelle, debout, marchant d’un pas décidé vers le futur. On le découvre ici dans une version en plâtre de 1960.
Toutes ses œuvres sont sorties du spartiate atelier de 23 m², dans lequel Giacometti s’est installé en décembre 1926, au 46 rue Hippolyte-Maindron, dans le quartier de Montparnasse, où il restera toute sa vie. Il y couvre les murs de dessins, témoins de son travail pendant quarante années. Cet atelier mythique (reconstitué à l’identique à la Fondation Giacometti), est évoqué par des photographies de Brassaï, Denise Colomb, Sabine Weiss, Ernst Scheidegger ou Herbet Matter que Giacometti accueillait volontiers, et par un film le montrant au travail. Une émouvante immersion dans son « antre ».
Catherine Rigollet
 
- Du 19 octobre 2018 au 24 février 2019, le Guggenheim à Bilbao présente une grande rétrospective rassemblant plus de 200 sculptures, peintures et dessins couvrant plus de 40 ans de création.
Visuels : Alberto Giacometti, Tête de Diego, enfant, vers 1914-1915, Plâtre, 27 x 11,1 x 13,8 cm. Fondation Giacometti, Paris © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.
Alberto Giacometti, Femme qui marche [I], 1932, Plâtre, 152,1 x 28,2 x 39 cm
Fondation Giacometti, Paris © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018 (photo L’Agora des Arts).
Alberto Giacometti, La Forêt, 1950, Bronze, 57 x 61 x 47,3 cm
Fondation Giacometti, Paris © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.
Alberto Giacometti, Homme qui marche II, 1960, Plâtre, 188,5 x 29,1 x 11,2 cm
Fondation Giacometti, Paris © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018.

Du 14 septembre 2018 au 20 janvier 2019
PROLONGATION JUSQU’AU 3 FEVRIER
Musée Maillol
61, rue de Grenelle – 75007
Tous les jours, de 10h30 à 18h30
Nocturne le vendredi jusqu’à 20h30
Tarif plein : 13 €
www.museemaillol.com