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Giorgio Morandi. La collection Magnani-Rocca

Peintre et graveur italien natif de Bologne, Giorgio Morandi (1890-1964) est connu pour ses natures mortes dépouillées et énigmatiques dans lesquelles dominent des bouteilles au blanc mat et laiteux comme celui de l’albâtre ou de la lumière d’hiver. Une œuvre qui, fidèle aux canons classiques de la peinture figurative, n’est toutefois pas sans singularité, par sa quête d’un dépouillement poussé jusqu’à l’austérité. Une peinture monacale en accord avec la vie de cet artiste entièrement dédiée à l’exercice de son art, mû par cette « nécessité intérieure » comme le définissait Kandinsky. En témoigne le spartiate atelier-chambre dans lequel il réalisa l’essentiel de son œuvre, jusqu’à sa mort à l’âge de 74 ans.
Sédentaire, solitaire, Morandi n’a peint durant sa vie que des natures mortes et quelques paysages des Apennins. Un horizon pictural réduit et des motifs limités et récurrents qui interrogent sur l’enjeu artistique poursuivi par Morandi. On sait qu’il accumulait des objets dans son atelier pour en faire sa matière première, son vocabulaire de formes. Qu’il les préparait à être peints en les remplissant d’eau pigmentée ou en les enduisant à l’intérieur de blanc, qu’il les mettait soigneusement en scène… Si l’homme, peu disert, n’a rien exprimé sur son alchimie magique ni sur son voyage intérieur, participant à son mystère, à chacun de lire sa peinture. Quête du réel, vertige de l’introspection mélancolique, questionnement sur l’impermanence des choses…l’œuvre de Morandi garde son secret. Mais silencieuse, équilibrée, sensible, toute de tonalités douces, d’harmonies subtiles, de traits légers, de velouté, elle livre sa force tranquille, sa poésie, sa sensualité.
Luigi Magnani (1906-1984) qui découvre son travail en 1940 va acheter cinquante œuvres du peintre bolognais devenu un ami. Musicologue, critique d’art, professeur et entrepreneur, richissime héritier d’une fortune construite dans l’industrie laitière, Magnani a construit une collection d’art hors de toute spéculation économique avec des œuvres de Dürer, Füssli, Goya, Rubens, Rembrandt, Titien, côtoyant les Monet, Renoir, Cézanne, De Chirico, Manzù, Burri et évidemment Morandi.
Parmi ses œuvres, les natures mortes classiques, celles épurées des années 1960, une rare peinture de sa courte période métaphysique inspirée par Chirico (Nature morte métaphysique, 1918), quelques paysages comme une vue de sa chambre traitée comme une nature morte (Cortile di via Fondazza, 1954) ou encore l’Autoportrait de 1925 d’empreinte cézanienne. Morandi s’y montre frontalement derrière son chevalet, palette et pinceau en main, le regard bas, perdu dans ses pensées. Des œuvres léguées -comme toute sa collection- à sa Fondation Magnani-Rocca, abritée dans la magnifique demeure de Luigi Magnani à Mamiano di Traversetolo (Parme).
Cet ouvrage raconte la vie et l’œuvre de Morandi, et cette belle et fructueuse rencontre avec Magnani. Publié dans le cadre de l’exposition présentée au musée de Grenoble, du 12 décembre 2020 au 4 juillet 2021 (en attente de réouverture), il est illustré de nombreuses photographies de l’atelier signées de Luigi Ghirri (1943-1992) et des cinquante œuvres de Morandi (peintures, dessins, aquarelles et eaux-fortes sur cuivre) prêtées par la Fondation Magnani-Rocca, complétées par celles conservées dans les musées français.
Une passionnante et intimiste rencontre entre un artiste et son collectionneur, chacun en quête de la vérité en peinture.

Sous la direction de Guy Tosatto
In Fine éditions d’art
Décembre 2020
256 pages
110 illustrations
22 x 29 cm
28€