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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Grayson Perry : Vanité, Identité, Sexualité

vendredi 18 janvier 2019

Du 19 octobre 2018 au 3 février 2019
Monnaie de Paris,
11 Quai de Conti, 75006 Paris
Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 19h,
Nocturne le mercredi jusqu’à 21h, fermé le lundi
Entrée : 12 €
www.monnaiedeparis.fr

On avait craint le pire en voyant les photos publicitaires de l’artiste en femme, maquillée et perruquée comme une Lolita japonaise, sa marque de fabrique. On s’attendait à une explosion de mauvais goût. Mais on a été séduite par la sobriété de la présentation des œuvres, la qualité du travail artistique – que ce soit les robes, les vases de céramique, les sculptures ou tapisseries – et même, en fin de parcours, par la vidéo où l’artiste, en Grayson Perry et non en Claire, son alter ego féminin, jette avec simplicité et humour, un regard distancié sur son œuvre protéiforme.

Grayson Perry, né en 1960, travaille à Londres, est marié et père de famille. Il est certainement beaucoup plus qu’un “potier travesti de l’Essex”, même s’il admet que ses robes et son maquillage outrancier sont bons pour sa pub en tant qu’artiste. Cette exposition lui permet de décrire et tourner en dérision, tout en se sachant sur le même bateau, l’Angleterre et les Anglais, les concepts d’identité et de genre, la sexualité, les classes sociales et le contexte politique. Perry se lance en 1980 avec la céramique émaillée, un genre “ringard” dans ces années-là. Il lui reste fidèle et fabrique, seul, sans tour, de grands vases qu’il grave et sur lesquels il transfère des images détournées qui le ramènent à ses investigations sur l’identité, y compris la sienne (Precious boys, 2004). Soucieux de torpiller l’image du macho portée par les motos, Perry en fait fabriquer une, rose et bleu dragée, avec deux ours en peluche, la mascotte de son enfance, l’un en héros militaire, l’autre en saint personnage. (Kenilworth AM1, 2010).
Les tapisseries grand format, générées par ordinateur, rendent un hommage critique à l’Angleterre pré- et post- vote sur le Brexit. L’une imite un billet de 10 livres où le visage étonnamment souriant de la Reine Elizabeth est juxtaposé à des mots et expressions “typically British” renvoyant à toutes les classes sociales, de cuppa tea à rolls royce (Comfort blanket, 2014). L’autre, quelques années plus tard, inspirée par le tableau éponyme de Paul Nash de 1940, une illustration plus terne des problématiques de l’Angleterre actuelle (Battle of Britain, 2017).
Mais Perry sait élargir sa réflexion au monde, sans superficialité. Deux sculptures de fonte illustrent les grands mouvements de population actuels : Our mother (2009), véritable narration tri-dimensionnelle sur une migrante transportant famille et possessions sur des distances inhumaines, et Our father (2007), narration similaire sur un pèlerin, chargé de tous les symboles d’un syncrétisme religieux et géographique.
L’exposition se termine sur la série de tapisseries, The Vanity of Small Differences, 2012, racontant la saga d’un Tim fictif, basée sur un personnage hoggarthien mis à la sauce néotestamentaire. Couvrant sa naissance et son ascension sociale, professionnelle et financière jusqu’à sa mort au volant d’une voiture de sport ostentatoire, les tapisseries empruntent leurs titres, voire les postures des personnages, aux thèmes sacrés des peintres de la Renaissance (Annonciation, Déploration, etc..), sur fonds d’objets-emblèmes contemporains. L’imagination de l’artiste est sans limite.

Lauréat du Turner Prize 2003, et organisatrice audacieuse (en tant que Claire) de la dernière Summer Exhibition de la Royal Academy de Londres, Perry est mal connu en France. Ses 55 œuvres, colorées, voyantes et transgressives, incitent à penser notre monde tout en offrant un vrai moment de jubilation. Une joyeuse découverte.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Grayson Perry, The Upper Class at Bay, 2012. Wool, cotton, acrylic, polyester and silk tapestry, 200 x 400 cm © D.R
Grayson Perry, Precious boys, 2004. Céramique émaillée 53 x 33 cm. Collection Warren & Victoria Miro, London. Courtesy the artist and Victoria Miro, London / Venice.
Grayson Perry, Our Mother, 2009. Cast iron, oil paint, string and cloth, 84.5 x 65 x 65 cm.