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Guernica

Commençons avec le périple passionnant de cette toile monumentale (349,3 x 776,6 cm) peinte en noir, blanc et gris. À Paris, Picasso est peu inspiré par la commande de la République espagnole pour son pavillon à la Foire Universelle qui doit se tenir à l’été 1937. Mais après le raid aérien allemand et italien qui a laissé, le 27 avril 1937, la petite ville basque de Guernica détruite et des milliers de civils sans vie, Picasso peint en quelques semaines seulement son œuvre de dénonciation de la guerre.
Après son exposition à la Foire, Guernica voyage dans divers pays, au bénéfice du Comité de secours des réfugiés espagnols, puis est prêtée, par l’artiste, au Musée d’Art Moderne de New York sous condition de revenir en Espagne lorsque les libertés y seront rétablies. L’œuvre ne revint qu’en 1981 à Madrid, une fois la République restaurée après la longue dictature de Franco (1939-1975). Elle ne sera plus prêtée, d’où son absence sur les cimaises parisiennes.
On se passionnera pour tous les aspects de cette œuvre iconique, illustrée non seulement par les toiles et dessins de Picasso, mais par de nombreux documents sur le contexte historique, politique et social (dont Terre sans pain, 1932, documentaire réaliste et poignant tourné par Luis Buñuel sur la misère en Estrémadure). Mais aussi sur la genèse de l’œuvre, sa conception, et son premier lieu d’exposition au Pavillon espagnol, sa popularité -en particulier durant ses quatre décennies au MoMA de New York- et son influence sur les artistes contemporains.
« Au public de voir ce qu’il voit ». Picasso s’est toujours refusé à donner une interprétation définitive de cette œuvre pacifiste inspirée par les horreurs de la guerre civile. Dès l’attaque de Guernica, il réalise des dizaines d’esquisses, dessinées ou peintes, qui nourriront la toile terminée quelques semaines seulement après l’attaque. On y voit déjà le taureau, le cheval, le soldat mort, la mère et son enfant mort. La mère sera déclinée de nouveau avec la série de “postscriptums” expressifs, Femmes qui pleurent, à l’automne 1937. Hautement symbolique par l’engagement politique de son créateur, Guernica se retrouve dans les écrits (Eluard, Michel Leiris) ou les peintures d’artistes du 20e siècle, présents dans l’exposition.
Robert Longo grillage son appropriation au fusain de Guernica de larges bandes noires verticales qui oblitèrent les visages comme des barreaux de prison. Le collectif Art & Language en donne une version pollockienne, toute en dripping noir et blanc. Damien Deroubaix, qui eut son épiphanie artistique à 19 ans en voyant une tapisserie de Guernica et qui vit depuis un dialogue soutenu avec l’œuvre de Picasso, en offre une déclinaison en bois gravé et encre. Il faut aussi mentionner les gravures sur bois de l’artiste antifranquiste, Agustín Ibarrola, qui reprennent des détails de Guernica, avec leur signification universelle et intemporelle, ou le Grito, No. 7, expressionniste et gestuel d’Antonio Saura, qui fait résonner la douleur vécue du Golgotha il y a plus de 2000 ans à Alep aujourd’hui. En revanche, on reste songeur (mais on passe vite) devant le collage d’Hélène Delprat, Je n’aime pas beaucoup Guernica, 2016-17, regard probablement innovant sur la toile de Picasso mais à la signification obscure.
La richesse de l’iconographie et de la documentation fait oublier la grande absente, la toile même. Une exposition à ne surtout pas manquer, même si le nom de Picasso suscite chez vous une légère lassitude ….
Elisabeth Hopkins
- Grâce à la reproduction de plus de 130 œuvres de Picasso, le catalogue de l’exposition Guernica retrace l’histoire de l’un des chefs-d’œuvre majeurs de Pablo Picasso (Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid), à travers les liens qui unirent le tableau et l’artiste tout au long de sa vie, et la manière dont l’œuvre a infusé la culture jusqu’à devenir une icône populaire. C’est le premier catalogue de référence en langue française consacré à Guernica. Coédition Musée national Picasso-Paris/éditions Gallimard. 320 pages – 350 illustrations. 42€.
Visuels page expo : Picasso, Étude de cheval, dessin préparatoire pour Guernica. Paris, 10 mai 1937. Crayon graphite sur papier. Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid. Legs Picasso, 1981. Photo l’Agora des Arts. Picasso, Mère et son enfant mort devant une échelle (II), dessin préparatoire pour Guernica. Paris, 10 mai 1937. Crayon graphite et pastel sur papier. Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid. Legs Picasso, 1981. Photo l’Agora des Arts.
Visuel vignette : Pablo Picasso, Étude pour Guernica (Tête de cheval). Paris, 2 mai 1937. Huile sur toile, 64 x 90,5 cm, 65 x 92. Musée national centre d’art Reina Sofia. © Photographic Archives Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, 1992, © Succession Picasso 2017.

Du 27 mars au 29 juillet 2018
Musée Picasso Paris
5 rue de Thorigny-75003
Tous les jours, sauf le lundi
De 10h30 à 18h
De 9h30 à 18h, pendant les weekends et les vacances scolaires.
Entrée : 12,50€ (il est conseillé de réserver sur www.billetterie.museepicassoparis.fr)
www.museepicassoparis.fr