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Gutaï : l’espace et le temps

Pierre Soulages (né à Rodez en 1919) entretient une longue et riche relation avec le Japon et l’esthétique de ce pays. En 2020, une exposition lui sera d’ailleurs consacré à Kôbe, à l’occasion de son centième anniversaire. Il n’est donc pas surprenant de découvrir dans son musée de Rodez une exposition consacrée au groupe Gutaï (nom dérivant de l’adverbe gutaïteki : concret, incarnation), qui de 1954 à 1972 a réuni une quarantaine d’artistes japonais – dont de nombreuses femmes- ayant décidé de faire table rase du passé. En s’inspirant des avant-gardes occidentales, sans renier leur culture, les artistes de Gutaï se sont tournés vers la peinture d’Art informel, cherchant à incarner un renouveau de l’art après la cruauté de l’histoire et face à la domination de la culture américaine. Des expressions plastiques aussi inventives, libres et audacieuses que diverses.
Kazuo Shigara étale la peinture avec les pieds, Akira Kanayama avec une voiture télécommandée, la faisant dégouliner à la façon d’un dripping de Pollock. Takesada Matsutani remplace la peinture par de la colle séchant en surface comme une peau mais restant souple en dessous, formant des renflements aux formes très charnelles.
Sadaharu Horio peint des objets réalisés à partir de déchets ménagers, de ficelles, de racines, de morceaux de cuir et de pierres. Certains déchirent même la toile comme Saburô Murakami, précurseur du happening, traversant 21 châssis dans une performance (photographiée lors de la seconde exposition Gutaï en 1956) ou comme Shôzô Shimamoto trouant sa « toile » en acier galvanisé (Sakuhin, 1955). Ce dernier n’hésitera pas à utiliser sa tête comme médium avant de se livrer à des performances de crucifixion et d’enterrement vivant. Atsuko Tanaka, la benjamine du groupe, crée une peinture avec son. Sa Sakuhin Bells se présente sous la forme de vingt cloches reliées par un fil électrique. Une œuvre conceptuelle dans laquelle le son est le matériau et qui évoque certaines sculptures de Jean Tinguely. Vous l’entendrez en visitant l’exposition.
Fondateur du mouvement, théoricien et stratège Jirô Yoshihara résume en deux phrases le manifeste de l’art Gutaï : « l’art Gutaï ne change pas la matière mais la fait vivre. Il ne falsifie pas le matériel ». Pour Gutai le matériau revêt une importance fondamentale. Une revue éponyme va servir au groupe à propager jusqu’en Occident ses idées et ses objectifs d’un art « qui ne doit pas avoir de limite », lui offrant une audience relayée par le critique d’art Michel Tapié et l’artiste Georges Mathieu. Quarante-cinq œuvres d’une vingtaine d’artistes de Gutaï sont à découvrir à Rodez.
Catherine Rigollet
Shôzô Shimamoto, Sakuhin (œuvre), 1955 Remake 1992. Acier galvanisé, 123 x 244 cm. Axel & May Vervoordt Foundation.
Saburô Murakami, En train de traverser 21 châssis (photo). En bois tendus sur chaque côté de papier kraft couvert de poudre d’or, lors de la seconde Exposition Gutaï, octobre 1956.
Kazuo Shiraga, East Joruri World, 1972. Huile sur toile 182,1 x 227,4 cm. Hyogo Prefectural Museum of Art. Photos : L’Agora des arts, août 2018.

Du 7 juillet au 4 novembre 2018
Musée Soulages
Jardin du Foirail – Avenue Victor Hugo
12000 – Rodez
Jusque fin septembre : du mardi au dimanche, 11h-19h
A partir du 1er octobre : du mardi au vendredi : 10h-12h et 14h-18h
Samedi & dimanche : 11h-18h
Tarif : 11€ (expo Gutaï + musée Soulages)
https://musee-soulages.rodezagglo.fr