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Habiter les toits

Manque de surface au sol, besoin d’air, de vue et de calme…l’architecture dans les villes est partie à la conquête des toits. Le roof-top a la cote. Une tendance mondiale et qui n’est pas si nouvelle, rappelle le journaliste Olivier Darmon, spécialiste de l’architecture dans cet ouvrage qui remonte le temps et détaille 35 projets. Si au Moyen Age les toits de Venise se couvrent de petites plates-formes en bois où l’on prend le frais et suspend le linge, au début du XXe siècle, cafés, jardins et piscines colonisent petit à petit les toits-terrasses des buildings newyorkais. On peut même patiner sur glace au sommet de l’hôtel Waldorf Astoria à Manhattan. À Paris, les premiers toits-jardins de l’immeuble du 166 avenue de Suffren à Paris (400 m²) et de l’hôtel du Palais-Royal (530 m²) font la une de la presse. En 1899, Le Petit Parisien parle de ces nouvelles « oasis entre ciel et terre ».
Nouvel Eldorado des villes, le toit héberge non seulement des jardins, mais aussi des logements, des équipements de plus en plus variés : cour de récréation comme à la Cité radieuse de Le Corbusier à Marseille (1947-1952), aire de jeux, salle d’exposition, terrain de sport, piste de ski (Copenhague), voire même un circuit automobile, comme celui de Fiat Lingotto à Turin créé en 1922.
Les toits vont connaître une profonde mutation au tournant du XXIe siècle. Si la mode du Penthouse prospère, les toits se peuplent et deviennent places publiques (Opéra d’Oslo ou Friche de la Belle de Mai à Marseille), ils se végétalisent de plus en plus. L’agriculture s’y développe même hors-sol, comme cette ferme édifiée sur le toit d’un ancien entrepôt des années 30 à Anvers. Un peu partout ont fait pousser des légumes. Le potager collectif de l’immeuble d’habitation Le Candide à Vitry-sur-Seine est un bel exemple. Inutile de mettre la ville à la campagne comme s’amusait à l’imaginer Alphonse Allais, la campagne a pris d’assaut la ville. Parfois même en toute illégalité. Inspiré par les paysages de la peinture chinoise traditionnelle, un riche propriétaire a fait bâtir, sur le toit d’une tour pékinoise de 26 étages, sa montagne privée avec fausses roches en résine, sentiers, arbres, bambous, bassin et piscine. Un ouvrage extravagant de 800 m², étagé sur trois niveaux, démoli en 2013.
Utopique ou pas, la réappropriation des toits a encore de beaux jours à venir.
Catherine Rigollet

Olivier Darmon
Editions Gallimard – coll. Alternatives
Publié le 4 octobre 2018
176 pages / broché à rabats
22 x 24 cm
32 €