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Jean-Pierre Plundr - Peintre

La quête du jardin d’Éden


Il est des lieux où nait l’inspiration. C’est entre une île de l’Égée et son atelier auversois, que Jean-Pierre Plundr trouve la sienne, fasciné comme tous les peintres par la lumière. Celle de l’ardente blancheur du soleil grec et celle des ciels d’Ile de France, changeante, vibrante, capricieuse, mais dont les variations d’intensité font chaque fois remonter cet instant de plaisir fugitif enfoui dans sa mémoire depuis les premiers jours de sa présence au monde. C’était lors de cet été 1957, si chaud et ensoleillé qu’on mettait son berceau à l’ombre scintillante des arbres du jardin. Depuis, « je ne conçois [le monde] que comme un jardin d’Éden soumis aux caprices d’un éclairage changeant. »
C’est dans de grandes compositions imaginaires, toujours très graphiques, très architecturées (à dix-huit ans, Plundr rêvait d’être architecte avant d’être rattrapé par « le vent de la peinture ») qu’il poursuit inlassablement sa quête de lumière et de nature. Déjà, dans ses tableaux et dessins des années 1980 il superposait tout un arsenal de grilles et de trames, ajoutant aussi des collages (Forêt de roches, 1984 ou encore Hommage à Kupka, 1990). Un travail du trait et du brisé assez obsessionnel.
Dans ses peintures récentes, plus gestuelles et plus libres dans la forme, il pose des aplats colorés, presque fauves (flaques de soleil, murs de sable ou vent de feu), qu’il gratte à la lame de rasoir pour en extraire l’essence profonde, y juxtaposant des centaines de petites biffures noires et régulières, faisant émerger ici des « Pesanteurs colorées », là un herbier imaginaire (on pense à ceux de Gérard Titus Carmel ou à la profusion végétale de Sam Szafran). Une ode à l’organique, au vivant. Une peinture qui fait poème. Jean-Pierre Plundr manie d’ailleurs aussi bien la plume que le pinceau, encouragé par ses amitiés avec les artistes Pol Bury et Henri Cueco, et des écrivains, tels Bernard Noël ou Michel Butor avec lesquels il a réalisé plusieurs livres d’artistes.
S’il change souvent de technique, passant de la peinture acrylique à l’aquarelle. S’il alterne grandes toiles et petits carnets de voyage, le noir et blanc (Rivage d’ombre 1, 2015 constitué de zébrures blanches sur fond gris et noir) et les couleurs (Vent de feu 1, 2016). S’il flirte sans cesse entre abstraction et figuration, Jean-Pierre Plundr pense avoir toujours suivi le même chemin et être resté fidèle aux « illuminations de la première enfance ». Et surtout à la peinture. « Quand j’ai débuté en 1980, la tendance montante était aux installations, à la vidéo, pas à la peinture ».
Parfois il s’amuse à chambouler cette architecture très dessinée, à supprimer les traits pour éclaircir au maximum l’espace, comme dans cette série issue des carnets de voyage. D’un fond blanc, élément structurel de l’espace, explosent alors des plages de couleurs joyeuses comme chez Alechinsky (Vers le blanc 2, 2016 / Le bateau d’Ulysse, 2016 ou encore Terrasse bleue, 2016). Comme un besoin de profonde respiration entre deux apnées mémorielles. Ainsi son Rêve bleu (2016) : un paysage esquissé en orange et jaune traversé d’un trait aussi bleu et limpide qu’un ciel grec en plein été. Au milieu de la toile, un rectangle blanc délimite les contours d’une maison. À chaque fois qu’il revient de ses promenades, dans l’intimité de son atelier, Plundr dit fêter sur la toile ou le papier le temps retrouvé de ses pérégrinations. Et c’est une fête aussi pour le spectateur.
Catherine Rigollet (janvier-février 2019)
Portraits : © Lionel Pagès
Photos des tableaux : © J.P Plundr

Vit et travaille à Auvers-sur-Oise (95)
Expose dans des galeries depuis 1984 (Claude Samuel et Michèle Broutta à Paris, Anne-Marie et Roland Pallade à Lyon).
jp.plundr free.fr