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L’Homme sans désir. Motifs mélancoliques dans l’œuvre d’Édouard Levé

Par une après-midi d’automne de 2003, à la galerie Loevenbruck, l’auteur de cette chronique a découvert la surprenante œuvre photographique d’Édouard Levé : ces Reconstitutions (*) de rêves, d’actualités, de pornographie, de rugby, de quotidien d’un artiste (né en 1965), principalement photographe et écrivain, mais aussi peintre dans sa jeunesse artistique, et qui s’est donné la mort le 15 octobre 2007 à l’âge de 42 ans.
On peut d’abord être dérouté devant ces mises en scène froides et figées, d’une « inquiétante étrangeté », mais l’ironie qui s’en dégage peut provoquer un franc sourire devant cet univers d’une neutralité excessive, ces « reconstitutions » qui décalent le monde en le dépouillant des oripeaux de sa représentation commune. Dans son minutieux geste artistique procède à une « recréation » du monde, un art de l’absurde d’une ironie troublante.
Plus encore que sur son œuvre photographique, Antoine Miller fonde son analyse de l’œuvre de Levé sur ses deux derniers ouvrages parus, Autoportrait (P.O.L, 2005) et Suicide (P.O.L, 2008).
« L’Homme sans désir. Motifs mélancoliques dans l’œuvre d’Édouard Levé », est issu de la thèse de psychiatrie soutenue par Antoine Miller en octobre 2015. L’intérêt de cet essai est de nous offrir une lecture neuve et originale du parcours et de l’œuvre d’Édouard Levé à l’aune d’une analyse clinique plus qu’esthétique, ces deux grilles de lecture s’éclairant cependant l’une l’autre.
D’ailleurs, Antoine Miller le précise d’emblée : « Je postulerai que ses textes et ses photographies peuvent servir de matériel à une réflexion clinique, à la seule condition de garder à l’esprit que l’on s’intéresse à la construction littéraire d’une subjectivité fictive et non à la vie psychique de l’artiste dans sa vérité supposée. » Plaidant pour le maintien de la mélancolie dans le champ psychiatrique, Miller use de concepts principalement psychanalytiques et phénoménologiques pour asseoir sa démonstration. Ainsi peut-il conclure : « Soulignant l’intrication du processus mélancolique et de l’idéation suicidaire, ce livre plaide finalement en faveur du maintien du cadre diagnostique de la mélancolie comme indicateur d’une propension particulièrement importante à l’homicide de soi. Les motifs mélancoliques que j’ai isolés dans l’œuvre d’Édouard Levé semblent annoncer son propre passage à l’acte. »
Si certains discuteront sans doute cette analyse rétrospective d’une fascinante trajectoire artistique, il n’en reste pas moins que l’ouvrage d’Antoine Miller apporte une vision étayée et singulière de l’œuvre de Levé qui nous invite à y porter un autre regard.
Jean-Michel Masqué
(*) Édouard Levé, Reconstitutions, éd. Phileas Fogg, 2003, 27 €.

Par Antoine Miller
Penta Éditions
274 pages
21 illustrations en annexe
Broché, 29 €
www.penta-editions.fr