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Le Monde nouveau de Charlotte Perriand

L’art d’habiter d’une « femme de l’art »


Il fallait bien tous les espaces d’exposition de la Fondation Louis Vuitton pour mettre pleinement en lumière la richesse et la diversité de l’univers de Charlotte Perriand. Proclamant que sa vocation est de créer, cette architecte-designer (1903-1999), qui considérait que « l’art est dans tout : dans un geste un vase, une casserole, un verre, une sculpture, un bijou, une manière d’être », possédait une « maîtrise absolue de l’espace et de la composition », selon l’architecte Frank Gehry (né en 1929).
À la fin des années 1920, en rupture avec les codes de son époque, elle conçoit l’appartement comme un espace de vie ou le corps peut se mouvoir en liberté, adaptable à de multiples usages. Le mobilier, aux formes libres, qu’il soit en matériaux naturels (sapin massif ou bambou inspiré du Japon où cette grande voyageuse se rendra à plusieurs reprises) ou industriels (caoutchouc, tube chromé…) doit être fonctionnel et ergonomique ; « sa beauté doit résulter de la composition rationnelle de ses éléments ». L’art d’habiter de Charlotte Perriand ne peut se concevoir sans humanité et sans l’apport d’artistes. Pour des meubles, des appartements (comme celui du collectionneur Maurice Jardot à Paris) ou lors d’expositions, elle collabore avec Fernand Léger et Pablo Picasso (Table manifeste, 1936), mais aussi Sonia Delaunay, Alexandre Calder, Joan Miro...
Associée de Le Corbusier et Pierre Jeanneret, elle participe à leurs principales réalisations : Villa Church, Villa Savoye, Pavillon suisse à la cité universitaire. Après la guerre, elle contribue à de nombreux chantiers de la Reconstruction : Unité d’habitation de Toulon, Hôpital de Saint-Lô, Unité d’habitation de Marseille, etc. Dans les années 1960, elle conçoit l’équipement des salles du Musée national d’art moderne à Paris, avec une immense banque d’accueil au magnifique plateau galbé et ses « banquettes Tokyo » éditées par la galerie Steph Simon (qu’elle codirige). Les œuvres de Delaunay, Hantaï et Calder voisineront durant des années avec cette création.
Passionnée de montagne, cette skieuse émérite d’origine savoyarde est chargée de la conception architecturale et des équipements de la station de sports d’hiver Arc 1600 et Arc 1800, en Savoie. En 1993, l’une de ses dernières réalisations, une Maison de thé à l’Unesco dans le cadre du Festival culturel du Japon à Paris, est entièrement reconstituée dans l’exposition, jusqu’à la mini-forêt de bambous. Dès les années 1930, Charlotte Perriand puisait son inspiration dans la nature. Imaginée en 1934 dans le cadre d’un concours, son projet de Maison au bord de l’eau pour des vacances accessibles à tous est en bois, sur pilotis, avec des espaces intérieurs organisés autour d’une pièce à vivre ouverte sur l’extérieur. Cette maison (ici exposée face au grand escalier d’eau) a été construite et meublée par la Fondation Vuitton, d’après les plans de Charlotte Perriand.
Vingt ans après sa disparition, cette grande rétrospective (à laquelle a contribué Pernette Perriand-Barsac, sa fille) retrace en quelque 400 œuvres, (dont 200 de Charlotte Perriand) le parcours édifiant d’une créatrice d’avant-garde, libre et indépendante, curieuse de tout, tournée vers la nature, ayant réussi à unir les arts (comme dans l’esprit du Bauhaus), à fusionner des cultures.
Une femme engagée sur le plan social et politique, dénonçant la grande misère de Paris en matière de logement, soutenant la ligne d’un renouveau social porté par les nouvelles thèses sur l’urbanisme, militant pour l’Espagne républicaine, pour le Front populaire, pour le vote des femmes.
Catherine Rigollet
Visuels : Charlotte Perriand, fauteuil pivotant, 1927 en métal et cuir, inspiré de l’industrie automobile (galerie Ulrich Fiedler, Berlin). Au fond, Le Transport des forces, 1937, de Fernand Léger, Huile sur toile créée pour le Palais de la Découverte dans le cadre de l’Exposition Internationale de 1937. Et exécutée par 3 élèves de Léger : Asger Jorn, Elie Grekoff et Pierre Wemaëre (Cnap).
Table manifeste antifasciste, 1937, par Charlotte Perriand, Fernand Léger et Pablo Picasso. Avec sur le plateau des reliefs réalisés à partir de deux vignettes de Songe et Mensonge de Franco, satire du dictateur gravée par Picasso.
Charlotte Perriand, Chaise longue basculante en bambou, 1940 (musée des Arts déco, Paris). Au fond, tapisserie d’un dessin d’enfant choisi par Charlotte Perriand, peinte par Saburo Hasegawa, 1940.
Appartement de Jacques Martin (époux de Charlotte Perriand) à Rio en 1962 avec bibliothèque, table basse et tabouret créés par Charlotte Perriand (luminaire : Isamu Noguchi). Collection privée.
Photos : L’Agora des Arts, 1er octobre 2019.

Du 2 octobre 2019 au 24 février 2020
Fondation Vuitton
8, avenue du Mahatma Gandhi
Bois de Boulogne – 75016 Paris
Tous les jours, sauf mardi
11h-20h – nocturne jusqu’à 21h le vendredi
Tarif plein : 16 €
Tél. 01 40 69 96 00
Réservation : www.fondationlouisvuitton.fr