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Léonard de Vinci. Tout l’œuvre peint, un nouveau regard

Léonard de Vinci (1452-1519), le peintre le plus célèbre de tous les temps par la grâce et le mystérieux sourire de sa Joconde, reste un artiste à découvrir selon le critique d’art et spécialiste de Vinci Alessandro Vezzosi, qui avoue : « Toutes les peintures de Léonard suscitent des interrogations ». De quoi, au-delà de notre admiration pour cet homme aux multiples talents, tout à la fois architecte, dessinateur, peintre, sculpteur, ingénieur, mathématicien, géologue, anatomiste, génial inventeur…susciter notre curiosité et nous plonger dans ce bel ouvrage qui présente toutes les peintures connues de Léonard, renseigne sur les dernières découvertes et les attributions controversées (les œuvres autographes étant rares), explore la technique de Vinci, tout en clarifiant les zones d’ombre de la vie de cet enfant illégitime, devenu peintre par impossibilité de s’orienter vers le métier de notaire comme son père Piero da Vinci. Une aubaine pour l’histoire de l’art ! Léonard le gaucher (et qui écrivait de droite à gauche), a pu ainsi librement satisfaire sa soif de connaissances, se livrer aux expériences les plus variées et déployer tout son génie en peinture, qui dans sa hiérarchie des arts l’emportait sur tout le reste.
Si les peintures de Léonard de Vinci sont en nombre si restreint, c’est parce qu’il a souvent mis parfois quinze années de travail pour mener à la perfection ses tableaux les plus remarquables, et aussi du fait de la disparition de milliers de dessins, de tableaux de jeunesse et d’atelier, et d’œuvres comme Léda et le cygne, ou cette mystérieuse Bataille d’Anghiari (1503) peut-être cachée sous une fresque de Vasari au Palazzo Vecchio, à moins qu’elle se soit « autodétruite à cause de l’expérimentation d’une technique à l’huile semblable à celle de l’encaustique ». Un exceptionnel tourbillon de fureur dont il nous reste les cartons préparatoires. Rarement signées de sa main, de nombreuses toiles interrogent également sur sa réelle participation (La Vierge aux rochers de Londres, La Madone Litta, découvertes récemment). Comme d’autres maîtres, Léonard a souvent joué un simple rôle de coordinateur. En revanche, grâce aux recherches récentes, on lui a attribué la paternité de La Belle Princesse (vers 1496) et du Salvator Mundi (adjugé 450 millions de dollars le 16 novembre 2017) conservé à Abou Dhabi. Toutefois, selon certains experts, dont Vezzosi, cette œuvre, sans doute issue de l’atelier de Vinci, a subi trop de modifications pour en dire plus quant à la participation directe du maître. La querelle des spécialistes n’est pas close non plus pour la fameuse Joconde nue au sourire léonardien (exposée du 1er juin au 6 octobre 2019 à Chantilly). Le musée Condé de Chantilly conserve la plus célèbre représentation de la Monna Vanna, mieux connue sous le nom de Joconde nue, un carton de grande taille (quasiment celle de la Joconde du Louvre) au cœur d’une véritable enquête policière.
Alessandro Vezzosi consacre un passionnant chapitre de son livre aux outils de Léonard (mixtures picturales, appareils d’optique...), détaillés en notes et croquis dans ses codex. Et il dédie toute la seconde partie de son ouvrage à l’examen approfondie de la part contributive de Vinci à 19 célèbres tableaux, avec de somptueuses reproductions et agrandissements de détails. Parmi eux, les deux versions de La Vierge aux rochers (1483-1485, Louvre et 1491-1508, National Gallery à Londres), différentes par leur style, mais toutes deux d’une extraordinaire beauté. Sainte Anne (1500-1517/1518, Louvre), « un vertige spatial et temporel ». La Dame à l’hermine (1489-1490, Cracovie), un chef-d’œuvre. La Belle Ferronnière (1490-1495), partie au Louvre d’Abou Dhabi. Et bien évidemment La Joconde (1502-1515/1516, Louvre) qui « reste plus connue que bien comprise » et pose d’innombrables questions (identité, date, commanditaire…), auxquelles Alessandro Vezzosi apporte des explications crédibles à la lumière des dernières analyses, rendant encore plus fascinant ce portrait au sublime sfumato « d’une rare profondeur psychologique », dissimulant sans doute une histoire d’amour…
Pour Léonard, on connaît la fin de l’histoire : en but à la concurrence de Michel-Ange et de Raphaël, il quitte Rome et s’installe en France à Amboise à l’invitation de François 1er. Il y passera les dernières années de sa vie, bénéficiant de la protection de son royal mécène.
Un livre-enquête beau et passionnant qui célèbre à sa manière le 500e anniversaire de la mort du génie toscan.
Catherine Rigollet

Par Alessandro Vezzosi
Editions de La Martinière
Parution 25 avril 2019
320 pages illustrées
55€