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Les éclaireurs du ciel. Commémorations inédites de 14-18

Des dirigeables à Aubagne pendant la Grande Guerre ! Nous étions loin de connaître cette histoire, même de l’imaginer… La nouvelle exposition du centre d’art contemporain Les Pénitents Noirs, « 14-18. Les Éclaireurs du ciel », dans la chapelle du même nom à Aubagne divulgue ce qui n’était connu que par un petit nombre de spécialistes, à savoir l’existence d’une base de dirigeables à Aubagne entre 1916 et 1922. Cette exposition va bien au-delà d’une simple commémoration du centenaire de la Grande Guerre. Par ailleurs, deux autres expositions évoquent de façon plus traditionnelle le souvenir de la Grande Guerre à Aubagne : « 14-18, Aubagne se souvient » (Hôtel de Ville) et « Les Aubagnais dans la Grande Guerre » (Espace Art et Jeunesse, juste en face de la chapelle des Pénitents Noirs). On appréciera ce gros effort de mémoire de la ville d’Aubagne.
Mais, revenons aux « Éclaireurs du ciel », une exposition à la fois didactique et artistique qui retrace l’histoire de la base d’Aubagne avec ses anecdotes et ses héros mais aussi celle de l’aérostation, des ballons des frères Montgolfier aux « Aéroplumes », et autres projets futuristes de « Stratobus » ou de « Flying Whales », tout en proposant des respirations artistiques au fil du parcours. De salle en salle, sous les hautes voûtes de la chapelle immaculée, entre les panneaux historiques ou scientifiques, les photos, affiches, objets et maquettes qui expliquent l’aventure des « plus légers que l’air », le centre d’art contemporain a sollicité la graveur-dessinatrice Véronique Duplan pour accrocher quelques-unes de ses œuvres sur papier. Des œuvres qui font le lien entre le vol des aérostats et la condition humaine, ou plutôt la trace du passage des êtres humains sur la terre, entre drame et trame, entre réalité et symbole. Tout en traits, en griffures et en petits ronds d’une stupéfiante minutie, ces grands dessins sur papier évoquent des traces, des sédiments, inventent des territoires comme ces cairns ou ces carottages qui racontent l’histoire des hommes dans le temps et l’espace. Des sphères-cellules de la série Terres aux neuf panneaux de Sisyphe qui transporte et transforme des sacs en ballons en passant par le triptyque des capes comme un « vêtement sédimenté », Véronique Duplan tisse le fil du temps, brode la trame du vivant.
Le musée de la Légion étrangère est associé à cette commémoration aubagnaise de la Grande Guerre avec l’exposition commencée en juin « Zinoview-Cendrars. Deux légionnaires dans la Grande Guerre ». Outre son exposition historique permanente, le musée de la Légion étrangère propose depuis quelques années des expositions temporaires tout à fait dignes d’intérêt, certaines réalisées en partenariat avec la ville d’Aubagne où siège son État-major. Cette exposition chronologique et thématique croise les regards du peintre d’origine russe, quelque peu espion aussi, Alexandre Zinoview (1889-1977) et de l’écrivain d’origine suisse Blaise Cendrars (1887-1961), tous deux engagés volontaires dans la Légion. Se sont-ils rencontrés sur le front de Champagne en octobre 1915, Zinoview ambulancier et Cendrars bientôt amputé de son bras droit ? La fille de l’écrivain a cru reconnaître son père en 1990 sur un dessin de Zinoview justement intitulé La Main coupée comme le récit autobiographique de Cendrars de 1946.
Ces soldats sont aussi des artistes témoins de la vie sur le front, peignant le quotidien des Poilus, de l’engagement initial au combat, de la permission à la blessure, de la peur à la souffrance. Au fil de l’exposition, qui évoque plus les hommes dans le conflit que la guerre proprement dite, les « miniatures » de Zinoview donnent à voir ces moments de vérité que les textes postérieurs de Cendrars illustrent à leur façon. C’est sans doute dans le catalogue (co-édition Somogy-Musée de la Légion étrangère, 25 euros) que la confrontation du texte de Cendrars et de l’image de Zinoview est la plus parlante, quarante doubles pages associant un dessin du Russe à un texte du Suisse. Cependant, de l’« Appel aux amis de la France » pour s’engager signé par Cendrars et d’autres artistes et publié dans les journaux du 2 août 1914 à la tournée de la Légion en Amérique du nord fin 1917 pour une levée de fonds, à laquelle Zinoview participe, l’exposition nous en apprend beaucoup sur le destin des deux légionnaires. Une façon originale de redécouvrir l’histoire de la Grande Guerre.
Jean-Michel Masqué
Visuels : Guerre 14-18 : des dirigeables en alerte à Aubagne en juin 1917 / La Provence.
Véronique Duplan, Fresque, Série « Terres ». Rouleau.
Alexandre Zinoview, Le Soldat russe jouant de l’accordéon, 1916 © coll. Carantino.

- 14-18. Les Éclaireurs du ciel
Du 13 octobre 2018 au 26 janvier 2019
Centre d’art contemporain Les Pénitents Noirs
Les Aires Saint Michel - Aubagne (13)
Du mardi au samedi, de 10h à 12h et de 14h à 18h
Ouverture exceptionnelle le 11 novembre de 14h à 18h
Fermeture du 25 décembre au 2 janvier inclus
Entrée libre et gratuite
04 42 18 17 26
www.aubagne.fr.
 
- Zinoview-Cendrars. Deux légionnaires dans la Grande Guerre.
Jusqu’au 6 janvier 2019
Du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h
Musée de la Légion étrangère
Chemin de la Thuilière-Aubagne
Entrée libre et gratuite.
04 42 18 10 96
www.musee.legion-etrangere.com