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Nicolas de Staël en Provence

En une petite année passée entre Lagnes et Ménerbes dans le Vaucluse (juillet 1953 à juin 1954), ponctuée par un voyage de deux mois en Italie et Sicile qui bouleversera sa vie sentimentale et teintera sa palette de couleurs presque brutales, Nicolas de Staël (1913-1955) peint environ 250 toiles. De petits formats, de plus grandes toiles, des paysages surtout, dont la production est stimulée par le contrat signé avec le galeriste Paul Rosenberg à New York.
Ces mois d’intense créativité sont illustrés ici par 71 toiles et 26 dessins, nourris par la découverte de la luminosité du pays de Luberon où René Char l’a incité à venir s’installer, un mode de vie volontairement solitaire et la rencontre de Jeanne Polge, qui l’accompagne lui, sa femme et ses enfants, en Sicile, début d’une relation passionnée, sans avenir.
Sur les chemins du Vaucluse, Staël, peintre de la matière, use sans frein d’une pâte huileuse plus ou moins diluée où les bleus, blancs et verts se côtoient par plans onctueux. Peints sur le motif, les paysages reflètent une nature aux couleurs exacerbées, avec un ciel rouge ponctué par les silhouettes d’arbres bleus (Arbres et maisons, 1953), ouvrant « des possibilités de rêve étonnantes », comme le lui écrivait Romain Gary. Dans son atelier, il peint des natures mortes, plus intimistes.
Après son installation à Ménerbes en novembre 1953, des arbres, de vastes horizons minéraux découverts du haut de sa terrasse envahissent la toile. Les coulures de Arbre rouge, 1953, trahissent comment Staël, qui peignait parfois à même le sol, relevait ses tableaux trop vite...Le ciel, son bleu céruléen, sa blancheur due à la chaleur, ses rougeurs de fin de journée permettent des explorations chromatiques sans fin, et le soleil fait même son apparition, volumineux astre blanc posé sur un ciel vanille. Le soleil, 1953, (16x 24cm), est aussi captivant que les toiles les plus ensoleillées de Van Gogh.
Une fois rentré de Sicile, le cœur chaviré et les yeux débordant de lumière sicilienne, abandonnant truelles et autres couteaux, Staël revient au pinceau, usant même de gaze ou de coton pour étaler la couleur, finalisant sur la toile ses souvenirs des architectures et des paysages captés dans de simples esquisses au crayon feutre. Les couleurs vives se partagent en plans définis la surface de la toile (Sicile, 1954). Et une rare toile de nu féminin devient presque paysage (Figure, 1954). Abstraction, figuration ? Le peintre écorché y fait preuve d’une grande douceur. La plus grande partie de ces toiles seront vendues par Paul Rosenberg à New York en février 1954.
À partir de l’automne 1953, Staël reste seul, sa famille est rentrée à Paris. Éperonné par sa relation impossible avec Jeanne Polge à qui il sera redevable « des plus beaux tableaux de ma vie », il peint comme un fou les paysages où se fondent en une palette plus douce la terre, le ciel, et des « nus dans les nuages », évoquant l’absence plus que la présence (Figure accoudée, 1953-54), ou se livrant sans retenue à sa passion pour la couleur dans des marines peintes lors de petites virées à Marseille. L’hiver vient, solitaire et glacé, reflété dans les toiles d’Agrigente où le peintre retrouve le noir pour des ciels siciliens pesants sur des terres provençales lumineuses sous la neige. Belle expression dichotomique de ses feux intérieurs contradictoires. Il lui reste moins d’une année à vivre.
Une exposition lumineuse d’un artiste dont les désirs de paix, de lumières et de ciels infinis se transformèrent en solitude et désarroi…Une « peinture en marche » vers un destin volontairement brutal.
Elisabeth Hopkins
Visuels : Nicolas de Staël, Le soleil, 1953, huile sur toile, 16 x 24 cm, collection privée © Adagp, Paris, 2018, photo : © Jean Louis Losi.
Nicolas de Staël, Paysage de Provence, 1953, huile sur toile, 81 x 65 cm, collection privée/Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018, photo : © Applicat-Prazan.
Nicolas de Staël, Arbre rouge, 1953, huile sur toile, 46 x 61 cm, collection privée © Adagp, Paris, 2018, photo : © Christie’s.
Nicolas de Staël, Arbres et maisons, 1953, huile sur toile, 65 x 81 cm, collection privée/Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018, photo : © Applicat-Prazan.

Du 27 avril au 23 septembre 2018
Hôtel de Caumont - Centre d’Art
3, rue Joseph Cabassol
13100 Aix-en-Provence
T. +33 (0)4 42 20 70 01
Ouvert 7 jours sur 7
De 10h à 19h, nocturne le vendredi jusqu’à 20h30
Entrée : 14 euros
www.caumont-centredart.com