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Ombres portées. Leur représentation dans l’art occidental

À quoi servent les ombres, comment les artistes les utilisent-t-ils et pourquoi les ombres n’apparaissent que çà et là dans l’art occidental, « qui a plutôt tendance à les oublier ou à les éliminer », comme le souligne Ernst Gombrich (1909-2001), l’un des plus éminents historiens d’art qui a écrit ce petit essai sur la représentation des ombres portées, avec l’envie, non pas de nous livrer un historique, mais plutôt de nous inciter à chercher les ombres dans les œuvres du passé…et à constater leur relative rareté !
Utilisées notamment par des artistes comme Le Caravage et Rembrandt pour intensifier l’éclat de la lumière, donner de la profondeur au tableau, plus de solidité et de relief aux objets qui interceptent la lumière du soleil, de la bougie, de la lanterne ou du foyer, révéler la présence de quelqu’un ou de quelque chose en dehors de la scène du tableau, ou encore créer de l’effroi, de l’étrangeté, du fantastique, les ombres portées sont perçues par certains artistes comme un élément perturbateur dans la composition. Ainsi, Léonard de Vinci, pourtant « grand novateur dans le maniement du clair-obscur » souligne dans son Traité de la peinture que « les peintres désapprouvent au plus haut point la lumière trop brutalement divisée par les ombres », et préfère voiler le soleil de manière à créer une atmosphère légèrement brumeuse. Rompant ainsi avec les contours nets de la peinture du Quattrocento.
Les ombres vont passer de mode. Les palettes vont s’éclaircir au XVIIIe siècle pour favoriser une lumière plus homogène, ne pas compromettre la lisibilité de la composition. Les impressionnistes vont colorer les ombres ou être tentés de les supprimer, à l’instar des peintres japonais, considérant qu’elles ne servent qu’à donner l’illusion d’une chose. Elles feront leur grand retour, en gris ou noir avec les surréalistes qui s’en serviront pour accentuer le mystère de leurs tableaux, comme Giorgio de Chirico dans l’Énigme d’un jour (1914).
Cette nouvelle édition de Ombres portées (essai publié en 1996) est illustrée de 70 peintures montrant des ombres ; essentiellement des œuvres conservées à la National Gallery.
C.R

E.H. Gombrich
Collection Art et artistes
Ed. Gallimard
Parution, 11 février 2016
1ère édition en 1996
112 pages
20€