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Anna-Eva Bergman : l’art de l’abstrait

Anna-Eva Bergman (1909-1987) a beaucoup voyagé, mais toute sa vie, elle restera marquée par les paysages et les ciels de la Norvège où elle a passé son enfance et son adolescence. Jusqu’à envahir son œuvre, même lorsqu’elle vivra à Minorque dans les années 1930, puis à Antibes, de 1973 jusqu’à sa mort, dans cette lumière du Sud ou le soleil parvient à terrasser l’ombre.
Son désir de Norvège est tel, qu’elle y retourne une première fois en 1950. Sa découverte des paysages du Cap Nord lui permet de trouver un langage plastique qui va signer véritablement l’ensemble de son œuvre. C’est « Une aventure d’une somptuosité incroyablement. Les montagnes semblent transparentes, plus rien n’a d’épaisseur », écrit-elle. Sa série des petites peintures sur bois et sur papier réalisées en 1950 et 1951 témoigne de ses premières recherches, un « art d’abstraire », pour reprendre ses propres termes. Elle travaille à la tempera et commence à expérimenter l’ajout de feuilles de métal doré pour tenter de capturer la transparence des montagnes qui la subjugue, rendre le mouvement de la lumière que le spectateur va capter lui-même en bougeant devant la toile. Avec des lignes, « ce squelette indispensable de la peinture » et des signes, l’artiste convoque la lune, le soleil de minuit, une arête de glacier, un fragment d’île, ou encore un phare, ce précieux pourvoyeur de lumière visible depuis les confins de la mer. Bergman est dessinatrice dans l’âme et a toujours su saisir un visage, un mouvement, une attitude en quelques traits de crayon. Son obsession : « atteindre l’effet le plus convaincant par les moyens les plus simples ». C’est aussi à cette époque qu’elle reprend le fameux nombre d’or (divine proportion), étudié durant ses études, comme cadre pour structurer sa peinture.
En 1964, elle retourne dans le Grand Nord norvégien, rêvant de revoir le Finmark. Cette fois, le peintre Hans Hartung. qu’elle a retrouvé en 1952 et épousé pour la seconde fois est du voyage. Le couple va prendre un millier de photos, un matériau qui, associé aux nombreux croquis réalisés par Anna-Eva, va servir de base documentaire à ses prochains tableaux, une fois retournée dans le midi. Dans cet art de la mémoire, les œuvres se font parfois monumentales. De puissantes masses colorées ont remplacé le travail graphique. Bergman travaille plus vite, la peinture vinylique remplaçant souvent la tempera qu’elle n’abandonne pas pour autant. La forme prime, dépouillée. Dans une extrême simplification de la composition, le motif se faisant plus imposant encore, débordant de la toile quelles qu’en soient ses dimensions, elle évoque un fjord, la nuit arctique, un cap, un rocher, l’horizon, les phénomènes cosmiques, une barque ou juste la proue (un motif récurrent dans son œuvre, symbole de la mort ?). La non figuration se retrouve jusque dans les titres de ses œuvres : un numéro et l’année.
Les expositions se succèdent, notamment à la Galerie de France, et en 1977, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris lui consacre une rétrospective. C’est à cette époque qu’elle commence l’étonnante série des « Mini-peintures » (15,5 x 11,5 cm), mini, mais toute sa conception du monde y est peinte avec la même puissance.
Loin du naturalisme qui ne pouvait lui permettre de représenter l’ensorcelante Norvège, c’est bien par cet « art de l’abstrait », par la sensation du motif plutôt que par sa vision que Bergman est parvenu à célébrer ses noces avec la nature, dans une sorte d’ivresse panthéiste.
Plus de quatre-vingts œuvres, sur toile ou sur papier, de petits et de très grands formats, sont rassemblées pour la première fois au musée des Beaux-arts de Caen, attestant de la permanence des recherches et des thématiques de Bergman, nées dans sa vision des paysages glacés de Norvège lors de ses voyages en 1950 et 1964. Une exposition, en partenariat avec la Fondation Hans Hartung et Anna-Eva Bergman et en lien avec la 28e édition des Boréales qui met la Norvège à l’honneur.
Catherine Rigollet
- Une rétrospective Anna-Eva Bergman est programmée au musée d’art moderne de la Ville de Paris, en 2022.
Visuels : Anna-Eva Bergman, N.27-1951, phare. Tempera sur panneau de bois isorel.
N.31-1965, Finmark. Vinylique et feuille de métal sur toile.
Non titré, 1969. Vinylique et feuille de métal sur toile.
Série des « mini-peintures » (détail), acrylique et feuille de métal sur papier marouflé sur panneau de bois, 1980.
Photos L’Agora des Arts, 13 novembre 2019.

Du 14 novembre 2019 au 1er mars 2020
Musée des beaux-arts – Le Château
14000 Caen
Commissariat : Christine Lamothe, experte d’Anna-Eva
Bergman à la Fondation Hartung - Bergman, et Emmanuelle Delapierre, directrice du musée des Beaux-Arts de Caen
Du mardi au vendredi :
9h30 - 12h30 / 13h30 – 18h
Week-end et jours fériés : 11h – 18h
Tarif plein : 3,50 € (avec collections permanentes)
Gratuit 1er WE du mois et – de 26 ans
www.mba.caen.fr