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Pastels du musée du Louvre, XVII-XVIIIe siècles

On compare souvent la poudre colorée du pastel à celle couvrant les ailes du papillon. Aussi fine, aussi fragile. Dans un ouvrage passionnant, Xavier Salmon invite à mieux connaître l’histoire de cette technique et dévoile des secrets d’histoire et d’exécution des quelque cent-soixante pastels européens des XVIIe et XVIIIe siècles (âge d’or du pastel) conservés au musée du Louvre ; la plus importante collection en France. Ce catalogue accompagne l’exposition En société, Pastels du Louvre des XVIIe et XVIIIe siècles, du 7 juin au 10 septembre 2018, qui invite à redécouvrir des œuvres de Charles Le Brun, Robert Nanteuil et Joseph Vivien au XVIIe. De François Boucher, Jean-Baptiste Chardin, Joseph Ducreux, Jean-Baptiste Greuze, Adelaïde Labille-Guiard, Élisabeth-Louise Vigée Le Brun, Jean-Baptiste Perronneau et surtout Maurice Quentin de La Tour, au XVIIIe. S’y ajoutent quelques rares artistes étrangers tel l’anglais John Russell et sa réputée « petite fille aux cerises » (Mary Hall, future épouse de Joseph Paice Vickery, 1788). En Europe, la France fut en effet le seul pays à connaître un réel engouement pour le pastel. Séduits par le velouté de cette poudre si délicate à poser, les artistes en firent même des œuvres en elles-mêmes.
La plupart sont des portraits, témoins d’une époque, d’une société, mais aussi de la psychologie des personnages, et quelques autoportraits, comme le célèbre Autoportrait aux bésicles (1771) de Chardin. Une figure du peintre vieillissant qui enchanta Marcel Proust, qui en fit un long descriptif : « (…) Le moindre pli de peau, le moindre relief d’une veine, est la traduction très fidèle et très curieuse de trois originaux correspondants : le caractère, la vie, l’émotion présente ». Xavier Salmon rappelle que Chardin, très affecté physiquement par l’usage de la peinture à l’huile à cause des pigments à base de plomb et des liants, ne travailla plus qu’au pastel à partir des années 1770. Il n’empêche, son talent de pastelliste le hissa au même niveau que son rival en la matière : Maurice Quentin de La Tour, considéré par les frères Goncourt comme le maître en la matière, au XVIIIe siècle.
On ne peut que les approuver en contemplant son Autoportrait à l’œil-de-bœuf ou à l’index. Et surtout son grand portrait de Jeanne Antoinette Lenormant d’Etiolles, marquise de Pompadour. Une œuvre d’une grande délicatesse des tons et d’une précision extrême, jusque dans les moindres détails de la composition qui ne doit rien au hasard. Ainsi ces ouvrages reliés posés sur la table, comme De l’Esprit des lois de Montesquieu, dont il ne manque pas une dorure à la reliure, la partition de musique tenue par la favorite de Louis XV, où encore cette gravure extraite du Traité de pierres gravées publié par Pierre Jean Mariette en 1750, posée sur la console. Autant d’objets ostensiblement figurés pour montrer une Madame de Pompadour, femme à la mode certes dans sa somptueuse robe bordée de dentelles, mais aussi protectrice des arts et sensible aux idées nouvelles. Un portrait au pastel qui fut alors largement commenté, et critiqué…L’art n’y était pour rien.
Catherine Rigollet

Xavier Salmon
Louvre Editions / Hazan
Format 245 x 285 cm
384 pages, 230 ill.
59€