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Rachel Howard et John Copeland chez Damien Hirst

Les actions spectaculaires, Damien Hirst a du mal à y résister ! Créer sa galerie pour montrer sa propre collection (quelque 3000 œuvres), oblitérant ainsi le distingo entre collectionneur, artiste et galeriste, c’est audacieux mais on ne peut que s’en féliciter.
En 2002, Hirst rachète et fait rénover des ateliers de fabrication de décors de théâtre, et crée sur deux niveaux spacieux la Newport Street Gallery, et un restaurant, Pharmacy 2, décoré de ses vitrines de médicaments (what else ?) et autres pilules ou gélules typiquement Hirst. La galerie s’ouvre au public en 2015.
Située dans le quartier de Vauxhall, elle n’est pas vraiment facile d’accès mais le jeu en vaut la chandelle. L’entrée est gratuite, le restaurant est accueillant et les deux artistes présentés sont aussi différents que possible et tout aussi passionnants. Leurs œuvres appartiennent à M. Hirst, comme tout ce qui sera montré à la galerie.
Au rez de chaussée, "Rachel Howard : Repetition is Truth – Via Dolorosa". Quatorze toiles, affranchies de la chronologie du Chemin de Croix auquel fait référence le titre de l’exposition, quatorze abstractions grand format jaunes au fini très brillant, striées de simili coulures, d’où émerge, pour certaines, un large coup de pinceau noir. L’explication se trouve dans une petite toile, une rendition de la torture infligée par les soldats américains à un prisonnier irakien à la prison d’Abou Ghraïb. Le prisonnier, devenu figure christique sous le pinceau de Rachel Howard (née en 1969, GB), tient sur un carton invisible qui contrôle son destin : il sera électrocuté s’il en tombe. Rappelant la cale de bois sur laquelle reposent les pieds cloutés du Christ en croix de l’iconographie chrétienne, le coup de pinceau noir symbolise ce carton. L’artiste n’inflige pas de leçon d’humanité mais offre avec ces toiles minimalistes et lumineuses un éventail d’interprétations, tout en mettant en évidence que l’histoire se répète, surtout quand elle est plombée par les violences et les injustices.
Au 1er étage, “John Copeland : Your Heaven Looks Just Like my Hell”. Après la sobriété du rez de chaussée, place à l’exubérance colorée, expressionniste, gestuelle, dégoulinante des 25 toiles de John Copeland (né en 1976, US). Les personnages figuratifs (inspirés par des photos de magazines) contrastent avec les fonds abstraits et leur chair est rendue vivante par l’empâtement blanc rosé utilisé sans réserve. L’artiste s’intéresse à l’interaction entre les êtres humains, les installant autour d’une table, dans un plan d’eau, ou par deux en jouant sur la gémellité ou l’effet de miroir, ou encore en femmes seules dans une discrète revendication de leur féminité. L’artiste prône, pour lui et pour le regardeur, un “savoir voir” qui saurait, néanmoins, préserver sa part de mystère. Assez fascinant !
Elisabeth Hopkins
Visuel : John Copeland, Wrong Was Always Right, 2013. Oil and acrylic on canvas, 1930 x 1629mm ©John Copeland. Courtesy Newport Street Gallery.

Du 21 février au 28 mai 2018
Newport Street Gallery
Newport Street, London SE11 6AJ
Ouverte du mardi au dimanche, 10h à 18h
Fermée le lundi
Entrée libre
www.newportstreetgallery.com