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La galerie de l'Agora des arts

Abdallah Akar - Calligraphe

Cet artiste plasticien, pour qui la beauté est dans l’écriture, a érigé la calligraphie en art suprême.

Pas d’images, rien que des mots poétiques posés sur des aplats de couleurs où aujourd’hui dominent le blanc, le rouge et le noir. Parfois ce sont juste quelques lettres émergeant de la couleur. Abdallah Akar maîtrise la calligraphie « l’art suprême dans le monde arabe qui aime la langue, le verbe ». Artiste plasticien, né à l’extrême sud de la Tunisie en 1952, Abdallah Akar arrive à Paris à la fin des années soixante pour poursuivre des études. Attiré par les arts plastiques, il apprend le dessin et la peinture, mais c’est finalement la calligraphie qui le retient. Sa rencontre avec le Maître Ghani Alani, calligraphe irakien, sera déterminante. S’il fut longtemps un « artisan de la lettre », mettant en scène des textes de poésie arabe et européenne, de théâtre et de pensée philosophique, comme autant de messages de beauté, de paix, de révolte aussi, il morcelle aujourd’hui les mots de ses messages, les fondant dans la couleur et les collages. S’il reste la lettre (quelque soit son style du Nasri au Koufiq), le fond prend plus de forme et d’importance, s’impose à l’œil du spectateur qui ne cherche pas à lire (d’ailleurs sans connaître l’arabe tout texte devient dessin), mais est attiré par la richesse des compositions qui tendent vers l’abstraction lyrique. À côté du papier et de la toile qui lui sont naturels, toujours en recherche, l’artiste s’ouvre à de nouveaux supports qui l’orientent vers un travail sur le bois, le métal et le textile, comme ses Poèmes suspendus, une œuvre au long cours qui comprend plus de 15 tentures monumentales en tarlatane, inspirées par les grandes odes préislamiques. Jamais achevée, toujours enrichie, elle est au centre du travail d’Abdallah Akar depuis dix ans. Si dans le métal la lettre est sculptée en creux, sur tous les autres supports la technique du trait et du tracé reste identique, tout comme l’outil, ce calame taillé dans des morceaux de roseau de différents diamètres et longueurs. Servant à la fois de plume, de pinceau et de brosse, il permet les pleins et les déliés des lettres, mais aussi les grands aplats d’encre sur le papier ou la toile. Un art de la concentration, de l’observation, de la patience et de la respiration, « qui fait du bien au corps et à l’esprit », comme en témoigne le calme et la sérénité d’Abdallah Akar lorsqu’il peint.

Catherine Rigollet (Mai 2010)

Portrait : photographie Lionel Pagès