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La galerie de l'Agora des arts

Claude Como-Peintre

Sous ses atours colorés, pétillants et fantastiques sa peinture se révèle aussi inquiétante, reflet des fantasmes de la société.

Fraîche, pétillante, spontanée. La peinture de Claude Como lui ressemble. Pour cette artiste que rien n’effraie, l’art est un éternel défi. Née à Marseille, elle vit en Côte d’Ivoire jusqu’à l’âge de 16 ans. Le dessin lui apparaît déjà comme une nécessité intérieure. Claude observe, recherche, transmet inlassablement. Telle une fourmi ouvrière.
Travailleuse, oui. Talentueuse, assurément. Cultivée aussi ! Au Louvre, Claude dialogue avec les maîtres, de Vinci à Ingres en passant par Raphaël. Classiques ou Maniéristes, ils lui inspirent d’étranges et fascinants portraits. Soigneusement ciselés, les personnages se découpent sur des aplats de couleurs à croquer. Ici du vermillon, là du rose tendre. Là encore, du vert anis et du jaune safran. Face à ce « boum » pictural, tous les sens s’éveillent.
La nature humaine constitue le thème principal de l’artiste depuis sa première série, Les psychopathes. Comme une anthropologue, elle étudie les expressions et comportements de l’être. Grimaces cocasses, cadrage en buste : les animaux de la Comédie humaine relèvent de cette analyse. En 2007, avec Un moment de grâce, Claude chante une ode infiniment poétique. Le temps suspend son vol. On parcourt avec délice les courbes sensuelles et sinueuses de ses trois muses, unies dans la féminité. Douceur qui caractérise également les 1075 roses réalisées par l’artiste en 2002. Installées deux ans plus tard sous une grande verrière au parc de Saint-Cloud, ces fleurs acidulées dessinent des pétales de velours charnels, organiques, érotiques. Une rose s’épanouit, l’autre se ferme. Le pinceau de Claude raconte la vie. La mort aussi, comme en témoignent plusieurs séries de vanités. Les « paysages crâniens » en constituent le dernier exemple. Boisée, tortueuse, la nature épiphyte envahit les creux de la figure humaine.
Des modèles, Claude n’en manque pas. Elle puise son inspiration un peu partout : dans la faune sauvage, la flore biomorphique. Mais aussi en elle-même. A travers la série intitulée L’Artiste, récemment présentée au Théâtre de Sèvres, elle devient son propre modèle et se met en scène avec une fantaisie non dissimulée. Historienne de l’art, vidéaste et photographe inspirée, Laetitia Laguzet témoigne : « Quand elle ne se pare pas d’accessoires aussi incongrus qu’un poulpe, Como se présente en peintre, en modèle, en fleur. Elle pénètre ses propres fables avec autodérision, mélancolie, espièglerie, entretenant la confusion entre les deux rôles qu’elle tient en peinture comme dans la vie : femme qui s’observe et narratrice virtuose du pinceau. »
Une narratrice qui n’en finit pas de vivre, d’explorer ce qui l’entoure pour mieux l’exprimer sur la toile. Son univers ? Un macrocosme qui nous attire, nous angoisse, nous émeut, nous enveloppe toujours d’un sentiment nouveau. On peut y lire plusieurs visages. Candides, radieux, juvéniles. Mais aussi inquiétants, impénétrables. En cette ambivalence réside la force de Claude Como, inclassable et unique depuis vingt ans.

Marion Kling (avril 2011)

Photo N&B : Laetitia Laguzet
Photos des oeuvres : Claude Como