L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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La galerie de l'Agora des arts

Thibaud Tchertchian-Peintre-graffeur

Thibault Tchertchian dans l'atelier

Bombe noire sur toile blanche

Il écoute du rap dans sa chambre d’ado à l’étage de la maison familiale de Suresnes, au-dessus de la voie ferrée, avec une vue magnifique sur Paris. Entre deux ateliers, Thibaud Tchertchian peaufine dans ce cocon tranquille, à même les murs, sa dernière série de toiles en noir et blanc commencée il y a une année à l’instigation du collectionneur Jean Cherqui. D’abord ce furent deux toiles sur le thème des émeutes urbaines, dont une lui a été achetée par le collectionneur. « Depuis, raconte Thibaud, je me suis enfoncé dans le noir et blanc... ». L’originalité du jeune homme de 30 ans est de peindre à la bombe aérosol, pour des fresques colorées que des villes lui commandent (sur la place de la Boule à Nanterre par exemple), comme pour ses travaux personnels : des personnages ou des scènes crépusculaires, exposés au début de l’année 2013 à Nanterre. Depuis ses années de lycée, Thibaud ressent sa vocation d’artiste. « Me vouer corps et âme à l’art », avoue-t-il dans un large sourire qui teinte d’ironie cette saillie emphatique. S’il a suivi l’enseignement des Beaux-Arts, où l’artiste en herbe s’est frotté au dessin, à la BD, à l’illustration dans une recherche graphique permanente, c’est par le graff que son contact avec la peinture s’est véritablement établi. Il est d’ailleurs très proche du collectif FatSk qui vient de sortir un album « fait main ». On sait que le mouvement hip hop a fait du graffiti un de ses piliers, au même titre que le rap et la danse. « Je viens du graff, mais je ne transpose pas le graff sur la toile, explique Thibaud. La bombe de peinture est ce qui relie la rue et la galerie. » Entre le « côté canaille » et le « côté académique », l’artiste ne tranche pas forcément, s’exprimant sur ces deux terrains de jeu où il n’évolue ni ne crée de la même façon.
Le jeune homme est à un moment charnière de son destin, réfléchissant à sa position dans l’art actuel, peut-être en continuité avec Pollock et l’expressionnisme abstrait, en tout cas dans l’euphorie rebelle, sinon romantique du hip hop (ne parle-t-il pas de « la beauté apocalyptique des maisons abandonnées » en référence à sa toile intitulée Valley ?), mais à l’encontre du street art actuel qui, selon lui, amorcerait plutôt un retour au pop art, très figuratif et coloré, une manière assagie, plus consensuelle qui ne lui convient pas tout à fait. « J’aime le non maîtrisé du craché de la bombe, indique Thibaud, la toile blanche souillée par ce crachat et la perfection du geste qui forment une réalité du sujet entre abstrait et figuratif. » Cependant, Thibaud est parvenu à apprivoiser ce « craché » de la bombe, utilisant divers embouts pour produire les effets recherchés sur les formes et les ombres. Par ailleurs, il poursuit des recherches parallèles d’illustrations, notamment sur le « Hagakure », le livre des samouraïs, que l’on peut découvrir sur sa page facebook (www.facebook.com/ThibaudTchertchian) où il abrite son « Work in progress ». Sans vouloir se limiter ou s’interdire les supports et les terrains à exploiter, Thibaud Tchertchian poursuit sa quête, son œuvre se dévoilant sur le Net et commençant à s’exposer en France et peut-être bientôt à l’étranger.

Jean-Michel Masqué (avril 2013)
Photos Lionel Pagès