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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Ronan Barrot. Escande

jeudi 22 novembre 2012

Du 18 novembre 2012 au 24 février 2013
Musée d’Art et d’Histoire Louis Senlecq
31, Grande Rue - L’Isle-Adam (95)
Tél. 01 34 69 45 44
Tous les jours, sauf mardi, de 14h à 18h
www.musee.ville-isle-adam.fr

 

- A lire : Escande. Ronan Barrot, peintures. Catalogue de l’exposition. Texte de Paul Audi. 72 pages, 50 illustrations. 19,50€

Ronan Barrot connaît admirablement l’histoire de l’art, particulièrement celle du XIXe siècle et y puise certaines de ses références. Pour autant, paysages, vanités, portraits, sujets mythologiques, natures mortes, ne constituent à ses yeux des séries, il ne les hiérarchise pas non plus, les considérant comme une unité des genres. « Pour moi, peindre un crâne, c’est peindre un paysage » lance ainsi l’artiste qui s’est amusé à en peindre des centaines, parfois comme de simples empâtements à la manière de Fautrier. Des crânes, Barrot aime à en glisser toujours un dans ses paysages, déposé le plus souvent au pied d’un arbre, pour témoigner de la présence humaine et laisser entendre qu’elle participe autant à la construction du paysage qu’à sa destruction. À chacun de lire et d’interpréter, comme devant La Pioche (2010). Un paysan, derrière lui un visage, à côté un squelette sur fond de paysage dominé par des arbres morts posés sur un sommet noir tel le Golgotha...on peut y lire tant de choses différentes, de récits ébauchés, de fables, de références mythologiques ou littéraires et c’est tant mieux, car Barrot « aime qu’on se perde dans un tableau ». Finalement seule la matière picturale compte, c’est elle qui guide le peintre quand il commence une toile, couvrant son fond d’ocre ou de rouge qu’il cherchera in fine à faire ressortir en grattant un peu la dernière couche de sédiment coloré. D’ailleurs, figurative, réaliste, la peinture de Ronan Barrot souvent estompe les détails, brouille l’image, jusqu’à brosser en quelques coups de blanc sur un fond noir les silhouettes fugitives d’une scène violente comme dans l’admirable Celui qui cherche (2012). Tout est parfaitement construit. Il y a dans chaque tableau de Ronan Barrot une armature, une ligne de force et même dans les petits formats, le geste est toujours ample, la matière graniteuse, les coups de brosse larges, la nature tumultueuse, les verts sombres, les bleus métalliques, les jaunes comme des lames d’acier fendant la toile d’une lumière surnaturelle. Rien n’est calme, tout est en action à l’image de ce quadra breton barbu et truculent qui « raconte » sa peinture comme une aventure pleine de challenges physiques, de corps-à-corps, émaillant son discours artistique de commentaires sur le monde et de plaisanteries de Bacchus lâchées dans de grands éclats de rire. On retrouve chez Ronan Barrot la même quête de lumière au cœur de la matière que chez Eugène Leroy, la puissance et la crudité d’expression de Paul Rebeyrolle, notamment dans la représentation des corps décharnés. Deux maîtres de la peinture contemporaine dont Barrot revendique une part de filiation, comme avec Courbet, Poussin, Manet, Rembrandt, Cézanne. Mais il précise bien qu’il peint après eux, et non d’après eux. Un travail sur la mémoire de l’histoire de l’art, très personnel. Représenté à Paris par la galerie Claude Bernard depuis 2005 (qui l’exposera à plusieurs Fiac), il expose régulièrement en France et à l’étranger. En « constante jachère » comme il le souligne, l’œuvre de Ronan Barrot a envahi sur deux étages le musée d’Art et d’Histoire Louis Senlecq à L’Isle Adam qui a relégué au troisième étage sa sage collection de peintures constituée autour de Jules Dupré (1811-1889) et des peintres des bords de l’Oise.
La confrontation paraît brutale, mais le lien est là. Car comme le souligne Anne-Laure Sol, la jeune directrice du musée, "c’est même la connaissance et l’admiration de Ronan Barrot pour les peintres français de paysage, comme Théodore Rousseau et Jules Dupré qui ont suggéré cette exposition, conçue autour d’œuvres récentes, choisies parmi celles le plus en résonance avec la peinture d’histoire et le paysage chère au musée". Une œuvre pleine d’intensité et d’ambigüité, comme le titre de l’exposition Escande, qui évoque en même temps le scandale (en occitan) et l’éclaircie, la trouée de lumière (escandihada en provençal).

Catherine Rigollet

Visuel : Ronan Barrot, La pioche, 2010 (250 x 200 cm).