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La galerie de l'Agora des arts

Sophie Patry - Photographe

Sophie Patry - série Autoportraits
Sophie Patry - série Autoportraits
Sophie Patry - série Autoportraits
Sophie Patry - série Autoportraits
Sophie Patry - série Darkness
Sophie Patry - série Darkness
Sophie Patry - série Darkness
Sophie Patry - série Darkness
Sophie Patry - série Darkness
Sophie Patry - série Darkness
Sophie Patry - série People
Sophie Patry - série People

Une poétique de l’irréel

Sophie Patry pratique l’autoportrait depuis plusieurs années. Mais d’elle, on ne verra qu’un visage flouté, opacifié par une vitre, dissimulé par un voile ou par ses mains, enfoui dans le feuillage d’un arbre, incrusté dans les pierres d’un mur. On ne distinguera qu’un corps dans l’ombre, en contre-jour, ou morcelé. C’est la magie d’une technique photographique qui utilise des poses longues et le mouvement (peut-être une lointaine influence de ses études de cinéma), pour créer dans une seule prise de vue une image instable, parfois dédoublée, voire démultipliée.

Un long défi de mise à nu, pudique et impudique à la fois, un face à face -souvent troublant- avec sa propre image, pour « s’accepter », dit-elle, « se prouver qu’elle est capable de se montrer aux autres », jouer en même temps au modèle et au photographe. Peut-être tenter aussi de faire émerger son identité, comme tous les artistes qui depuis des siècles s’adonnent à l’autoportrait, en toute subjectivité, avec ou sans miroir. Mais malgré ces masques, ces flous, ces voiles et ces surimpressions intrigantes qui transforment son corps en spectre ou en paysage irréel, Sophie Patry, par la puissance de ses émotions, réussit à nous faire entrer dans l’intimité de son monde intérieur, à nous entraîner dans un espace poétique d’une grande sérénité.

C’est précisément l’univers insolite et chimérique de ses images qui porte en lui cette charge poétique, amplifiée par le velouté du papier Hahnemühle sur lequel sont tirées les photographies. Et cette poésie est encore plus prégnante dans ses paysages : une œuvre sérielle également (Darkness), construite avec cette même écriture sensible et romantique, là encore en noir et blanc ou en sépia offrant de beaux clair-obscur, des contrastes proches de la gravure et des effets de coups de crayon, comme un dessin.

Tout à commencé par le regard d’une grande sensibilité porté par cette native de Saint-Leu-la-Forêt -où elle habite toujours- sur la nature qui l’environne. Avec son simple appareil Reflexe numérique à un seul objectif (18-105 mm), elle photographie inlassablement la forêt et la campagne, y compris derrière la vitre de la voiture pour être en mouvement, saisir l’éphémère et se surprendre en découvrant les clichés. Est-ce influencée par son goût pour le fantastique, toujours est-il qu’elle y décèle presque à chaque fois une présence fantomatique sous la forme d’une ombre, d’un reflet ou d’une lumière.

Alors on regarde nous aussi attentivement, et on finit par y voir ce qui n’est pas montré ou quelques illusions d’optiques nées de notre imagination : un oiseau dans le ciel, une vague déferlante, un paquebot sur la mer, un champ enneigé, un homme marchant dans le brouillard. Alors qu’il s’agit : d’un jet de lumière, d’un envol d’étourneaux, d’un mouvement de l’objectif durant la prise de vue faisant se superposer deux éléments, auparavant côte à côte, sur un même cliché, etc.

Des photographies à l’esthétique proche du pictorialisme qui nous enveloppent de leur atmosphère de silence et de douce mélancolie, invitant à la rêverie.

Catherine Rigollet (nov-déc 2016)
Photos : copyright Sophie Patry