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The Feuerle Collection à Berlin

Cette collection privée, ouverte depuis fin 2016, tient à rester mystérieuse. Il faut réserver longtemps à l’avance, les visiteurs ne sont acceptés qu’en groupes d’une vingtaine de personnes, les téléphones et appareils photos strictement interdits et l’on est prévenu que certaines œuvres peuvent heurter les plus jeunes…Mais que cela ne vous décourage pas !
Cet ancien bunker (la collection Boros se cache aussi dans un bunker) a été restauré par l’architecte minimaliste anglais John Pawson pour abriter une collection qui fait cohabiter des meubles impériaux chinois allant des dynasties Han à Qing, de la statuaire khmère datant des VIIe au XIIIe siècles et des œuvres contemporaines. « Je trouve de la beauté au ler siècle autant qu’au XXIe siècle, » dit le collectionneur, Désiré Feuerle, ancien galeriste, l’un des premiers à mettre en scène ce genre de juxtaposition.
La première salle est une mise en condition. Profondément noire, on peut y entendre une alternance de sons et de silences de John Cage (son 4’33” n’aurait pas déparé ici). Les yeux s’habituent à l’obscurité, les pas se feutrent et tous les sens sont en alerte en pénétrant dans une première grande salle, ponctuée de piliers carrés. Sur le ciment des murs, des marques des utilisations passées. Les spots lumineux sont concentrés sur les œuvres sur piédestal, sous verre pour les plus petites, laissant les travées dans l’ombre. Une fois pris ses repères dans cet environnement désorientant, on ne peut qu’admirer ces statues cambodgiennes de pierre ou de bois, mélangeant leurs ombres à celles des visiteurs éparpillés, et présentées comme dans le plus élégant musée d’arts asiatiques. Pas de cartels, à chacun de puiser dans sa propre culture…ou d’interroger le guide discret. Sur les murs, des photos des femmes ligotées de Nobuyoshi Araki (www.lagoradesarts.fr/L-univers-erotique-d-Araki-Nobuyoshi.html). Érotisée par le photographe, l’utilisation de ces cordes renvoie à l’art ancestral japonais de ligoter les prisonniers. Un esthétisme glacé qui s’accorde bien avec l’austérité du cadre et le hiératisme de la statuaire. Contre un autre mur, un tondo d’acier brillant, version Anish Kapoor, passerait presque inaperçu. À un autre niveau, le mobilier chinois ancien -lits, sièges sculptés, tables- là encore superbement éclairé, laisse place sur les murs à d’autres photos d’Araki et à deux grands photogrammes énigmatiques de fumée d’Adam Fuss, de sa série My Ghost, un travail sans objectif, basé sur la combinaison d’objets, de papier sensible et de lumière. Une sculpture de bronze, mi-arbre mi-homme, de Zeng Fanzhi, Untitled, 2009, cherche à décoller au milieu de la salle.
L’heure n’est pas aux acquisitions de connaissances. On ne reconnaitra peut-être pas les apsaras cambodgiennes. On ne saura probablement pas mettre une étiquette Han ou Qing sur le mobilier chinois. On se demandera certainement quel nom d’artiste mettre sur les travaux contemporains. Mais rien ne distraira l’œil de ce qu’il voit, de ce qu’il perçoit, des dialogues que le visiteur créera au fil de son imagination. Le temps imparti pour la visite est court, une immersion plus prolongée serait nécessaire car ce parcours demande une entière disponibilité, l’oubli de la façon dont nous parcourons une exposition, et un lâcher-prise quasiment bouddhiste. Beaucoup plus difficile qu’on ne le croit.
Elisabeth Hopkins
Visuels : Zeng Fanzhi, Untitled, 2009, bronze. Photo : def image © The Feuerle Collection.
Set of Bronzes Representing Apsaras and a Sitting Deity, Angkor Wat, 12ème siècle, Bronze. Photo : def image © The Feuerle Collection.

The Feuerle Collection
Hallesches Ufer 70
10963 - Berlin (All)
Visite : les vendredi, samedi, dimanche
Sur réservation uniquement sur le site Web
Entrée : 18 €
www.thefeuerlecollection.org