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Théodore de Bry. America

En 1590, sur fond de guerres de religion, Théodore de Bry (1528-1598), graveur et éditeur protestant flamand, publie à Francfort-sur-le-Main le premier volume des Grands Voyages, America, constitué d’estampes réalisées à partir des croquis et dessins d’artistes ayant parcouru ces terres étrangères et accompagnées de courts textes descriptifs et narratifs. Le Nouveau Monde est alors, pour la plupart des Européens, un territoire totalement inconnu.
Né à Liège, Théodore de Bry a quitté sa ville natale pour échapper aux persécutions. Après Strasbourg, puis Londres, il s’installe définitivement à Francfort où il décide de publier, avec ses fils, la collection de ses œuvres gravées. Inspirées par les récits de voyages d’aventuriers comme Thomas Harriot, Sir Francis Drake et Sir Walter Raleigh, ses magnifiques gravures dévoilent à un public captivé, friand d’exotisme et amateur d’art, un nouveau continent et ses peuples. De la Virginie (actuelle Caroline du Nord) à la Floride, en passant par l’Amérique centrale, le Pérou et jusqu’au détroit de Magellan en Patagonie, les neuf premiers volumes d’America dépeignent : paysages, villages et habitants, scènes de repas, prières autour du feu, expéditions militaires, trophées et châtiments, méthodes de labours et de plantations, chasses et pêches, fêtes, collecte d’or, sacrifices et cannibalisme…révélant la perception que les Conquistadores ont des populations locales. De Bry n’élude pas la cruauté et la cupidité des Espagnols à l’égard des Indiens, comme l’inhumanité à l’égard des esclaves africains qu’ils envoient en Amérique pour exploiter les ressources.
Théodore de Bry n’a pourtant jamais posé le pied en Amérique. Ses représentations reposent sur les récits subjectifs des explorateurs, ainsi que sur son imagination, y compris pour les couleurs à l’aquarelle ajoutées à la main par les artistes John White et Jacques Le Moyne avec lesquels il collabore. Son bon sens commercial le pousse à faire varier illustrations et couleurs en fonction des pays concernés par les éditions, et du public, protestant ou catholique. Une petite manipulation visuelle doublée de quelques arrangements des textes accompagnant les estampes afin de ne pas offenser les commanditaires : prince, bibliophile ou collectionneur du XVIe siècle. Toutefois, sa vision très personnelle sur les Amériques (comme sur l’Afrique et l’Asie qui constituent la suite des Voyages, publiés après sa mort), « a contribué à légitimer la colonisation européenne des deux siècles suivants », souligne Michel van Groesen, co-auteurs de l’ouvrage Théodore de Bry. America. Par la suite, presque tous les ouvrages imprimés d’images du Nouveau Monde qui paraitront en Europe avant 1750 seront inspirés de ces estampes réalisées vers 1600, colportant nombre de légendes comme des hommes porteurs de queue ou les géants de Patagonie. La fascination pour les éditions colorées à la main d’America par de Bry, exceptionnellement rares même au temps de leur réalisation, perdure encore aujourd’hui. Chaque gravure de ce sublime ouvrage se savoure autant que son commentaire.
Catherine Rigollet

Michiel van Groesen & Larry E.Tise
Toutes les planches, 1590-1602
Editions Taschen 2019
Reliure en tissu
Format XXL (28,5 x 39,5 cm)
376 pages
100€
www.taschen.com