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Youla Chapoval

Un long compagnonnage unit le peintre d’origine ukrainienne Youla Chapoval (1919-1951) à la galerie Jeanne Bucher Jaeger. La mini-rétrospective actuelle vient le rappeler qui fait suite à l’exposition « Les Russes à Paris, 1925-1955 » proposée dans la même galerie à l’automne dernier où l’œuvre de Chapoval fut particulièrement remarquée. En novembre 1947, la galerie offrait déjà à Chapoval, auréolé par un second prix de la Jeune Peinture et soutenu par le marchand d’art Henri Benezit et le collectionneur Roger Dutilleul, sa première exposition personnelle. C’était un des premiers accrochages de Jean-François Jaeger, petit-neveu de Jeanne Bucher.
Chapoval, qui ignorait qu’il lui restait si peu à vivre, poursuivait en accéléré sa mue stylistique entre figuration et abstraction et passant par le cubisme. Le critique d’art Roger van Gindertael écrivait : « Chapoval, sans vaine métaphysique, réserve la part du sentiment poétique - ou mystique - qui reste la dernière raison d’être de la peinture. » La trentaine d’œuvres, toiles mais aussi fusains, encres et gouaches, exposées en cet hiver 2019, alors que Chaponval au cours de sa météorique « carrière » a produit plus de 700 toiles, et presque autant de gouaches, dessins ou encres, offre un condensé chronologique de la diversité des formes et des styles sublimés par l’artiste dans un jeu de couleurs frappant.
Ces œuvres sont issues de collections privées, dont celle de la famille Chapoval, et de la galerie elle-même. Une pièce était déjà sortie naguère de l’ombre d’une collection particulière, Bière moussante de 1947 (visuel), à l’occasion de l’exposition du château de Chambord consacrée en 2017 au collectionneur que fut Georges Pompidou. Voilà ce qu’en disait alors son fils Alain Pompidou : « Mon premier souvenir d’une œuvre contemporaine chez mes parents, c’est une toile du jeune peintre Youla Chapoval. Ce qui les frappe, dans cette toile, c’est sa charge émotionnelle. Elle exprime quelque chose d’étrange : sombre et rythmée à la fois. Structurée comme une partition de Bach (on y perçoit clairement l’influence de Matisse, Léger et Braque), elle est émouvante par sa dimension poétique et sa charge dramatique. L’acquisition de ce tableau est vécue par mes parents comme un événement, parce qu’elle inaugure un mouvement et, à mon sens, elle fait coïncider individu et Histoire. » (Catalogue de l’exposition « Georges Pompidou et l’art. Une aventure du regard » au Domaine national de Chambord, juin-novembre 2017, p. 39).
Youla Chapoval méritait d’apparaître au grand jour, ce que fait avec justesse cette exposition brève mais significative. « J’ai l’impression que mon travail n’est solitaire qu’apparemment, qu’en fait il tend à rejoindre un rythme universel dont les lois régissent la croissance des plantes et la course des astres », écrivait celui qui ne disposa que de neuf années de créativité intense !
Jean-Michel Masqué
Visuel : Youla Chapoval, Bière moussante, circa 1947. Courtesy galerie Jeanne Bucher Jaeger.

Du 11 janvier au 2 mars 2019
Galerie Jeanne Bucher Jaeger/Saint-Germain
53, rue de Seine (Paris, 6e)
Du mardi au samedi, de 10 h à 18 h
Tél. 01 42 72 60 42
www.jeannebucherjaeger.com