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À la recherche de 0,10. La dernière exposition futuriste de tableaux

mercredi 7 octobre 2015

Du 4 octobre 2015 au 10 janvier 2016 (les deux expositions)
Fondation Beyeler
Baselstrasse 101
CH-4125 Riehen/Basel
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Nocturne le mercredi jusqu’à 20h
Entrée : CHF 25
www.fondationbeyeler.ch

L’exposition n’a pas l’ambition de celle, foisonnante, riche de la diversité créative de Malevitch, au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 2013. Elle ne cherche pas plus à créer un remake de l’exposition en décembre 1915 à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) des œuvres de 14 artistes de l’avant-garde russe, avec l’accrochage serré des œuvres de Malevitch, et, dans “l’angle de Dieu”, tel une icône, son célèbre Carré Noir. Une exposition contestée, controversée et ridiculisée en son temps.

Le commissaire, d’ascendance russe, a préféré pour Beyeler un accrochage conservateur, aligné, aéré, très "white cube", d’une partie des œuvres qui ont pu être identifiées, et empruntées à plus d’une quinzaine de musées russes. Certains aspects de cette exposition légendaire sont bien mis en valeur : l’affrontement entre Kasimir Malevitch, avec ses toiles abstraites qu’il appela suprématistes, et Vladimir Tatline, avec ses reliefs muraux néo-constructivistes ; la participation de femmes peintres à égalité de nombre et de talent avec les peintres masculins ; et l’effacement progressif du futurisme russe, pourtant célébré dans une exposition quelques mois plus tôt avec la participation de 10 des artistes que l’on retrouverait à “0,10” (0, symbole de la destruction du monde ancien, et 10 pour le nombre de participants à l’exposition, qui seraient finalement 14).

La première salle offre une documentation abondante, y compris le catalogue de 1915. Les russophones apprécieront. Les œuvres de chaque artiste ont été regroupées au fil des salles. Malevitch est au cœur de l’exposition avec une troisième version du Carré Noir datée de 1929, et des toiles suprématistes (formes basiques et couleurs pures). Deux contre-reliefs de Tatlin voisinent avec des photos d’archive d’autres reliefs, probablement perdus. Si les artistes avaient affirmé leur solidarité avec Malevitch, tous, tels Ivan Puni, le véritable organisateur de “0,10” ou Ivan Kliun, ne s’étaient pas encore ralliés totalement au style suprématiste. Leurs toiles reflètent les variations du cubisme à la russe. Lioubov Popova, Nadejda Oudaltsova et Olga Rozanova, opposées à Malevitch et à sa prédiction de la fin du futurisme, participèrent néanmoins à “0,10”. Leurs œuvres rassemblées dans une même salle sont encore cubo-futuristes.

L’exposition ne revisite donc que partiellement celle de 1915. Il faut lire brochure et catalogue pour cerner l’ébullition que causèrent ces œuvres en rupture de ban, ces toiles abstraites et minimalistes, auxquelles notre œil est habitué. Et pour découvrir ce que fut l’évolution stylistique de chacun des artistes.
Une exposition complémentaire, Black Sun, explore les interactions entre Malevitch et des artistes contemporains et l’influence pérenne de son Carré Noir qu’il définissait comme une « sensation de l’absence d’objet ». Chaque œuvre marque une étape dans le domaine de l’abstraction et la poursuite de l’immatérialité du sujet : réduction à une couleur pure (monochromie de Yves Klein), absence de signification (les color fields de Rothko), conceptualisation colorée de détails concrets (les squares de Ellsworth Kelly), pour en citer quelques unes. Les rapprochements sont essentiellement visuels, formes ou couleurs, avec prédominance du noir. Il ne faut surtout pas manquer dans le souterrain de la Fondation la splendide installation d’Olafur Eliasson, artiste de la lumière et du mouvement, avec une vidéo quasiment suprématiste. Un siècle plus tard, l’influence de l’artiste russe est encore tangible.

Elisabeth Hopkins

- Catalogue en anglais, 280 pages et environ 200 illustrations.

Visuels page expo : 0,10 - Dernière exposition futuriste de tableaux , Pétrograd, hiver 1915/16. La salle consacrée à Malevitch avec le Carré noir et d’autres toiles suprématistes. Archives d’État de la littérature et de l’art, Moscou.
Kasimir Malevitch, Suprématisme, 1915. Huile sur toile, 87,5 x 72 cm. Musée Russe, Saint-Pétersbourg.
Vladimir Taline, Relief pictural, 1914-1916. Bois, métal, cuir, 62 x 53 cm. Galerie d’État Tretiakov, Moscou.
Visuel vignette : Affiche de l‘exposition 0,10 – Dernière exposition futuriste de tableaux, Pétrograd, 1915 (détail). Archives d’État de la littérature et de l’art, Moscou.