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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Afriques Capitales : Festival 100% Afriques - 100% inventivité !

mardi 18 avril 2017

Du 29 mars au 28 mai 2017
Grande Halle de La Villette
Du mercredi au dimanche de 12h à 20h
Ou jusqu’à 23h, les soirs de spectacle dans la Grande Halle
Plein tarif : 8€
Tél. 01 40 03 75 75
www.lavillette.com

Dans le cadre de la deuxième édition de son festival pluridisciplinaire 100% consacré cette année à l’Afrique, La Villette présente la création africaine contemporaine avec une soixantaine d’artistes, toutes générations confondues : Pascale Marthine Tayou, William Kentridge, Akinbode Akinbiyi, James Webb, Leïla Alaoui, Mimi Cherono Ng’ok, Lavar Munroe, Hassan Hajjaj, Abdoulaye Konate, Heba Amin, Nabil Boutros… De nombreux artistes sont exposés pour la première fois en France.

Mais qu’est-ce donc que ce nuage blanc de sacs plastiques ceint d’un fil barbelé au fond de la halle ? Une œuvre de Pascale-Marthine Tayou ? Non, mais on excusera la méprise, le sac plastique ayant été plusieurs fois spectaculairement utilisé par Tayou (né en 1967). Pour voir l’installation de l’artiste camerounais (Falling Houses, 2014), il faut lever le nez dès l’entrée de l’exposition et voir les trois baraques, toits pointés vers le sol, murs couverts d’un patchwork d’images. Symboles de l’espèce humaine, dit l’artiste.
Cette formidable exposition réserve bien d’autres surprises. Avec le pari ambitieux “d’inventer la ville de toutes les villes”, elle tente de plonger le visiteur dans “hétérochronie, hétérotopie, et hétérologie”, lit-on dans le catalogue.
Foin de ce jargon ! Perdez-vous, errez, flânez entre les sculptures, les vidéos, les installations, les œuvres néon et les photos d’une soixantaine d’artistes du Maroc à l’Afrique du Sud. Vous y trouverez des images de villes africaines, des exemples de vie dans ou hors de ces villes, des photos de citadins, des marqueurs de leurs histoires ou tout simplement de purs produits de l’imagination des artistes. Au fil de la déambulation, vous rencontrerez humour, gravité, émotion et inventivité.

Et pour vous mettre l’eau à la bouche, quelques œuvres qui nous ont retenue : les portraits de Hassan Hajjaj (Maroc), aux vêtements plus colorés que ceux des sapeurs de Bamako et posant comme des modèles de Seydou Keïta ; le monde utopique et onirique de Pume Bylex (RDC) traduit dans une installation d’objets surréalistes avec mode d’emploi ; les grandes toiles de Ouattara Watts (Côte d’Ivoire) que Basquiat incita à s’installer aux États-Unis et dont les toiles, comme celles de son mentor américain, traduisent un monde fragile et chaotique, représenté par des symboles, des formules, des formes aux multiples significations. Le triptyque vidéo de Leila Alaoui (Maroc), Crossings, 2013, a deux raisons d’émouvoir. La première, parce qu’il est un hommage sans pathos ou misérabilisme aux migrants transsahariens, avec des images du désert, du macadam, de la mer, telles qu’ils les voient sous leurs pieds dans leur avance vers une vie qu’ils croient meilleure. La deuxième, parce que Leila Alaoui a perdu la vie dans un attentat d’Al Qaida au Burkina Faso en 2016. Elle n’avait pas 35 ans. Sammy Baloji (RDC) a quitté les paysages miniers du Katanga pour s’intéresser à la minorité des Lébous, pêcheurs du Sénégal. Il offre ici un gigantesque patchwork de photos de Ouakam, leur village labyrinthique, vu de loin, de près, en plongée, focus sur les détails, maisons neuves, maisons de bric et de broc, et pas un seul habitant. Au spectateur d’imaginer ce peuple animiste et les esprits qu’il sait célébrer dans son environnement (Ouakam Fractals, 2015). Le clou de l’exposition est la superbe installation de huit écrans vidéo de William Kentridge, More Sweetly play the dance, 2015, que l’on avait vue à la Fondation Luma à Arles en 2016. Cette œuvre de 40 mètres de long mixe dessins, animations et personnages filmés mélangeant parade joyeuse de danseurs et de représentants de l’autorité et procession macabre d’esclaves, de malades, ou de réfugiés, on ne sait. Un reflet de notre monde dichotomique. Et le nuage ? Un œuvre de Nabil Boutros (Égypte), Un rêve (2016) qui s’échappe des limites dans lequel on veut l’enfermer.
Comme le dit Simon Najmi, commissaire de l’exposition Afriques Capitales, cela vaut vraiment le coup de venir « voir ce que ces gens un peu cinglés ont pu fabriquer ». Une virée à La Villette s’impose.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Nabil Boutros (Egypte), Un rêve, 2016, sculpture, production La Villette (photo : E.H)
William Kentridge (Afrique du Sud), détail de More Sweetly Play the Dance, 2015, installation vidéo de 15 minutes (photo : EH)
Abdulrazaq Awofeso (Nigeria), A Thousand Men Can Not Build A City, 2017 • Installation techniques mixtes.