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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Hans Hartung, peintre et légionnaire

mercredi 20 avril 2016, par cath

Du 16 avril au 28 août 2016
Musée de la Légion étrangère
Chemin de la Thilière- Aubagne – 13400
& Centre d’art Les Pénitents Noirs
Les Aires Saint-Michel- Aubagne – 13400
Du mardi au dimanche, 10h-12h et 14h-18h
Entrée libre
www.hanshartung-aubagne.net

Beau geste

Une exposition d’Hans Hartung au musée de la Légion étrangère à Aubagne, l’événement peut surprendre. C’est oublier que cet artiste rattaché à l’abstraction lyrique et l’un des précurseurs de l’action painting, s’est engagé dans la Légion étrangère pendant la Seconde Guerre mondiale, comme d’autres artistes d’ailleurs, tel Nicolas de Staël.

Interdit d’exposer en Allemagne -sa peinture abstraite étant jugée dégénérée-, fasciné par la peinture française -impressionnisme, fauvisme, cubisme-, Hans Hartung s’est installé à Paris en 1935 et, au cas où un conflit éclaterait, il s’est inscrit sur la liste des opposants volontaires au régime hitlérien. Pour survivre autant que pour se battre aux côtés de la France, cet homme "sans papiers" ne voulant pas combattre comme Allemand et ne pouvant se battre dans l’armée française, s’engage à deux reprises dans la Légion. En 1939, jusqu’à l’armistice en 1940, puis à nouveau en 1944 comme ambulancier au sein du Régiment de marche, année durant laquelle il est gravement blessé lors de la reprise de Belfort et doit être amputé de la jambe droite. Il composera avec cette infirmité jusqu’au terme de sa vie dans son grand atelier d’Antibes, mais la Légion et les traumatismes du conflit l’auront à jamais marqué dans son corps et dans son œuvre.

La désolation de la guerre

De 1939 à la Libération, Hartung ne s’arrête pourtant pas de dessiner et de peindre : de grands dessins abstraits, des têtes inspirées des dessins de son ami Julio Gonzalez et de Picasso, mais aussi des peintures murales de la célèbre bataille de Camerone pour le réfectoire du régiment et des portraits de ses codétenus lors de sa détention au camp de Miranda en Espagne d’août à novembre 1943. Ce sont ces œuvres qui sont exposées au Musée de la Légion étrangère : six toiles peintes entre 1942 et 1945, et une quarantaine d’œuvres sur papier (mine de plomb, pastel, fusain, encre) de 1939 à 1944. Des œuvres sombres, de formats modestes, tantôt abstraites faites de lignes, de griffonnages et de zones de couleurs tracées de manière exaltée et tantôt figuratives, notamment dans sa série de têtes de profil, stylisées, très « picasiennes ». Aux côtés des archives souvent inédites de la Légion étrangère, certains dessins conservés à la fondation Hartung-Bergman à Antibes sont pour la première fois dévoilés.

Les sublimations d’Antibes

Sans doute parce que Hans Hartung est convaincu qu’il va mourir, il lâche prise avec audace. Pour Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris et commissaire de l’exposition, ces œuvres « portent déjà la dimension testamentaire qu’ont ses dernières toiles ». En 1989, au « Champ des Oliviers », sa villa-atelier d’Antibes, à 85 ans, à quelques semaines de sa disparition, assis dans un fauteuil roulant, dans une véritable course contre la montre avec la mort, Hartung va peindre jusqu’à six à sept toiles par jour, dans des formats jusqu’à 2 mètres par 3. Sur ces toiles tenues verticalement face à lui, il projette des jets de peinture avec une sulfateuse agricole. L’acrylique est pulvérisée en une multitude de petits points, d’empâtements et de lignes pleine de grâce et de fraîcheur, aux couleurs stridentes. Un bouquet final jaune, bleu, vert, rouge, mauve d’une ampleur et d’une puissance rare, témoignant autant de la maîtrise et du contrôle technique d’Hans Hartung que de son énergie farouche de libérer son geste au-delà de ses limites physiques. Dix-sept acryliques sur toiles, créées entre le 11 et le 16 juillet 1989 sont exposées au Centre d’art des Pénitents Noirs.

Une œuvre lyrique, d’une grande intériorité, qui résonne de moments de vie intense et que nous vous invitons à découvrir dans deux lieux d’exposition peu connus : le musée de la Légion étrangère riche de collections qui racontent une partie de l’Histoire de France depuis 1831 et l’ancienne chapelle des Pénitents noirs, réhabilitée en centre d’art, et dont la façade néoclassique du 18ème siècle, classée monument historique depuis 1927, domine Aubagne.

Catherine Rigollet

Visuels : Portrait de Hans Hartung légionnaire, Sidi-bel-Abbès, 1940. Hans Hartung, sans titre, 1940. Gouache et huile sur papier, 31,50 x 24 cm.
Hans Hartung, T1989-K18. 11 juillet 1989. Acrylique sur toile. 185 x 300 cm.
Hans Hartung, T1989-K20. 11 juillet 1989. Acrylique sur toile, 146 x 97 cm.