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8e Biennale d’art contemporain de Melle. Le Grand Monnayage

samedi 7 juillet 2018

Du 30 juin au 23 septembre 2018
Melle (Deux-Sèvres)
Proche de Niort
Entrée gratuite dans toute la ville
Dans les Mines : 8,50€ (tarif plein)
Livret de visite disponible gratuitement
Catalogue co-édité avec Dilecta, Paris (25€)

Après avoir sauté une année pour se donner le temps d’un nouveau souffle, la Biennale de Melle a confié les rênes de sa 8e édition au duo de commissaires Chloé Hipeau-Disko et Frédéric Legros. Encore plus en lien avec le patrimoine local, qu’il s’agisse de la triade d’églises romanes ou des mines de plomb argentifère qui concoururent, du VIIe au Xe siècle, à l’attractivité économique de cette bourgade située sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, la biennale réunit une vingtaine d’artistes venus de 14 pays différents. Autour des notions de minerai et de métal, de création de valeur et d’échanges, ces artistes de notoriété et de générations différentes (de Jean-François Krebs 31 ans, à Yoko Ono 85 ans), dont près de la moitié de moins de 40 ans, ont pour la plupart créé spécifiquement pour la biennale. La découverte de leurs œuvres est aussi une jolie balade dans le riche patrimoine de Melle. Petit tour d’horizon :

Les mines d’argent des rois francs résonnent encore des coups de pioches des mineurs et du crépitement du feu qui permettait l’abattage de la roche éclatant sous la chaleur, grâce à Éclat d’argent, une œuvre sonore pérenne réalisée en 1989 par Knud Viktor. En 2018, séduite aussi par l’originalité du lieu, Yoko Ono a prêté une de ses œuvres qui y fait écho : Parts of a Light (1966), des « cristaux » traversés par la lumière. Christodoulos Panayiotou (né en 1978 à Limassol, Chypre) à quant à lui créé in-situ, dans un petit lac souterrain des mines, une fontaine dont l’eau gicle sur une plaque de cuivre. Référence aux mines de cuivre de son pays et réflexion sur la valeur du métal face à la valeur de l’objet fontaine, utilitaire et poétique.

Dans l’église Saint-Pierre (la plus harmonieuse des trois églises romanes de Melle), des vêtements noirs pendent sur une corde à linge tendue au milieu de la nef. Posé au sol, à côté de cette grande lessive de deuil, Kimssooja (née en 1957 à Taegu, Corée du Sud) a posé un bottari (baluchon traditionnel coréen), ouvrant notre réflexion sur le voyage, le déracinement, la mémoire...Sur l’un des autels du chœur de l’église trône le Rocher-cœur en bronze blanc (2018) de Ghada Amer (née en 1963 au Caire) ; une sculpture inspirée par le papier d’aluminium de notre société de consommation et qui brille comme une pépite.

Dans l’église Saint-Savinien, aujourd’hui désacralisée et entièrement vide, une insolite horloge semble rythmer les heures. Jusqu’à ce qu’on s’en approche. Elle s’arrête alors, suspendant le temps. Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas le temps objectif, mais la perception que nous en avons, comme un prisonnier dans sa cellule. C’est en écho avec le passé carcéral de l’église, de 1801 à 1926, et en lien avec leur travail sur les systèmes d’enfermement (physiques ou mentaux), l’exclusion et le temps, que le duo David Brognon (né en 1978 à Messangy, Belgique) et Stéphanie Rollin (née en 1980 à Luxembourg) ont conçu 8m² Loneliness (2012-2013). Dans l’Hôtel de Ménoc, belle demeure médiévale transformée en tribunal au XIXe siècle et qui en conserve le décor, l’installation Plot for a possible resurrection d’Ali Cherri (né en 1976 à Beyrouth) avec ses briques de terre sèche et ses pièces archéologiques, questionne la trace que nous souhaitons garder du passé.

Un peu hors-les murs, le beau Lavoir de Villiers déserté par les lavandières a repris vie. Abrité sous de hautes arcades, son bassin ovale accueille Amniov (2018), une installation animée de Jean-François Krebs (né en 1987 à Metz). Sur l’eau flotte un immense linge en silicone sur lequel tombe chaque jour à heure fixe (16h), une poudre blanche qui se change en gel au contact de l’eau…Certain y verront une évocation des grandes lessives d’antan, l’artiste nous glisse une source d’inspiration plus charnelle, celle d’une peau, zone sensible de contacts et d’échanges...

Et la balade se poursuit au fil des rues (le parcours est fléché au sol) avec notamment l’installation de deux intrigants portails devant l’église Saint-Hilaire (la seule sacralisée et le plus beau joyau de la triade romane). Réalisée par Clemens Botho Goldbach (né en 1979 à Cologne), cette œuvre s’inspire de l’illustration présente au recto des billets en euros, retraçant l’histoire de l’architecture européenne, de l’époque classique (billet de cinq euros) à l’époque moderne (billet de cinq-cents euros). Si à Melle, on ne frappait que des oboles ou des deniers, ces derniers circulèrent de l’Espagne à la Russie, des pays scandinaves à l’Italie…L’Europe déjà.

À voir aussi la vidéo tragi-comique d’Elsa Fauconnet (à l’office de tourisme) sur la première bulle spéculative de l’histoire, en 1637, quand un seul bulbe de tulipe valait dix fois le salaire annuel d’un artisan. Une œuvre qui renvoie une fois encore au passé carolingien de Melle quand on battait monnaie, jusqu’à ce que les mines d’argent ferment, faute de bois pour les exploiter.

Catherine Rigollet

Visuels : Christodoulos Panayiotou, L’Achat du cuivre, 2018. Kimsooja, A Laundry Woman, 2017. Ali Cherri, Plot for a Possible Resurrection, 2018. Clemens Botho Goldbach, Euruin 50 Eur New, 2018. Courtesy de l’artiste. Photos : L’Agora des Arts, 29 juin 2018.