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Expo à Paris

Bourdelle et l’Antique : une passion moderne

Quelle sculpture plus émouvante de Bourdelle que son Centaure mourant ? Entre les mains du sculpteur, cet homme-cheval monstrueux surgit de la nuit des temps, ce chasseur-prédateur qui se nourrissait de festins de viande crue, est devenu une créature civilisée, un sage auquel Apollon a enseigné l’art de la musique, un être mortellement blessé, le bras appuyé sur sa lyre, la tête renversée sur l’épaule. Ce bouleversant Centaure mourant, entre extase et agonie, est l’un des huit chefs d’œuvre de Bourdelle qui scandent cette exposition invitant à une relecture de son œuvre sculpté « à l’aune de l’archaïsme vecteur de modernité ».

Dans sa jeunesse, sans jamais entreprendre le voyage pour la Grèce, Antoine Bourdelle (1861-1929) n’a cessé de copier les antiques, se formant l’œil et la main en dessinant d’après des œuvres célèbres issues des découvertes archéologiques, et en cultivant son goût de l’archéologie au Louvre. De ces études vont naître dans les années 1900-1914 plusieurs grandes séries autour de figures inspirées de l’Antiquité : Athéna, Héraklès, Apollon, Cléopâtre, Pénélope... Cette résurgence de l’Antique se retrouve aussi dans la production artistique des premières décennies du XXe siècle, notamment chez Maillol l’ami de jeunesse de Bourdelle, mais aussi Brancusi, Modigliani, Matisse, Picasso, Germaine Richier, l’une des élèves favorites de Bourdelle, ou encore Cézanne dont Bourdelle dira : « Cézanne, c’est l’ami, c’est à la fois l’homme primitif Antique et moderne, il organise de la vérité sur ses toiles et tout est là. » (lettre à l’essayiste Charles Morice.)

Leurs œuvres entourent celles de Bourdelle, révélant leur parenté. Ainsi, cette Tête de Cléopâtre (1908), à l’épure géométrique côtoie Tête de femme de Modigliani (1912), expression d’un primitivisme riche de plusieurs sources – celles de la Grèce archaïque et de l’art étrusque, du Kouros de Paros (vers 550 av. J.-C.) et du Sarcophage des époux (vers 520-510 av. J.-C.) qu’Amedeo Modigliani avait vus, comme Bourdelle, au musée du Louvre ; ou encore celle des têtes cambodgiennes (VII siècle) qu’il avait étudiées au musée Guimet. Se font face également, les sculptures Torse de Pallas d’Antoine Bourdelle (1903-1905) et La Méditerranée d’Aristide Maillol (1905), nourries de la sobriété, de l’archaïsme et de la puissance de l’art grec. Une monumentalité qui parfois chamboule les proportions du « beau idéal » enseigné par l’académie, comme cette voluptueuse Pénélope avec socle de Bourdelle (1905-1912) et cette plantureuse Femme assise de Picasso (1920).

Une passionnante exposition de près de 150 œuvres majeures, dans une scénographie qui éclaire le propos.

Catherine Rigollet

Archives des expos à Paris
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Du 4 octobre 2017 au 4 février 2018
Musée Bourdelle
18, rue Antoine Bourdelle – 75015
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Tarif plein : 8€
www.bourdelle.paris.fr
 
Visuel page expo : Antoine Bourdelle (1861-1929), Centaure mourant, modèle à grandeur d’exécution, 1914. Plâtre. Paris, musée Bourdelle, donation Cléopâtre Bourdelle et Rhodia Dufet-Bourdelle, 1949. Photo L’Agora des Arts.
Visuel vignette : Antoine Bourdelle (1861-1929), Tête de Cléopâtre © Stéphane Piera / Musée Bourdelle / Roger-Viollet.