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Expo à Paris

Caravage à Rome. Amis et ennemis

Un choc d’entrée ! Un coup de théâtre immédiat ! Une belle jeune femme courageuse et déterminée, assistée d’une servante ridée et non moins farouche, coupe la tête d’un homme barbu les yeux exorbités et dont le sang gicle sur l’oreiller immaculé. Il s’agit de Judith décapitant Holopherne, tableau peint par Caravage (Michelangelo Merisi, dit Caravage, 1571-1610) vers 1600 dont la crudité frappe dès la première salle, justement intitulée « Le théâtre des têtes coupées », de la nouvelle exposition du musée Jacquemart-André.

Nous sommes à Rome l’année du Jubilé de 1600 et du supplice par le feu de Giordano Bruno. Après le concile de Trente, la Contre-Réforme est triomphante. Le thème de Judith et Holopherne, la belle veuve libérant le peuple juif en décapitant le général de l’armée assyrienne, est alors revenu à la mode comme symbole de l’église catholique et romaine terrassant l’hérésie protestante !
Au fil des huit salles de l’exposition se dévoile la révolution stylistique du peintre lombard caractérisée par son naturalisme (Le Jeune saint Jean-Baptiste au bélier), dans une opération de « laïcisation » de la peinture sacrée, et son usage virtuose du clair-obscur (Ecce Homo) jusqu’au ténébrisme (Le Souper à Emmaüs, Saint François en méditation) de ses derniers tableaux. Selon l’historien d’art Gérard-Julien Salvy, Caravage aurait choisi « d’élire la nature comme unique source de son expérience, c’est-à-dire en partant toujours de l’homme ou de l’objet en eux-mêmes pour en exposer une perception sensible, ce qu’il devait affirmer être, à plusieurs reprises, l’unique vérité d’un peintre. Cela l’amènera à élaborer une nouvelle articulation spatiale et à conférer tant à la lumière qu’à l’ombre une valeur nouvelle… » (cf. « Le Caravage », Folio biographies, Gallimard, 2008, p. 74-75).

Les commissaires de l’exposition, Francesca Cappelletti, historienne et spécialiste de Caravage, et Pierre Curie, conservateur du musée, ont réussi en quatre ans de préparation l’exploit de rassembler dix toiles de Caravage (son œuvre n’en compte qu’une soixantaine) provenant des plus grands musées italiens mais aussi de l’Ermitage (Le Joueur de luth) ou de collections particulières comme les deux Madeleine en extase. Sept de ces toiles n’ont jamais été exposées en France dont les trois dernières citées, une des versions de Madeleine en extase n’ayant même été découverte qu’en 2015…Accrochées côte à côte, on peut ici les comparer !

La confrontation comparée est d’ailleurs le fil rouge originale de l’exposition qui fait dialoguer les œuvres de Caravage avec celles de ses amis et rivaux de l’époque, de ses collaborateurs et épigones, Baglione, Borgianni, Carrache, le Cavalier d’Arpin, Cavarozzi, Gentileschi, Ribera, Saraceni… Dans l’écrin des salles presque intimistes du musée, ces trente-et-une œuvres s’interpellant plongent le visiteur dans l’atmosphère de cette période romaine de Caravage (1592-1606) tumultueuse, voire dangereuse, mais pleine d’une vive effervescence intellectuelle et artistique.

Jean-Michel Masqué

Archives des expos à Paris
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Du 21 septembre 2018 au 28 janvier 2019
Musée Jacquemart-André
158 boulevard Hausmann (Paris 8e)
Tous les jours de 10h à 18h
Nocturne lundi jusqu’à 20h30
Plein tarif : 16 €
www.musee-jacquemart-andre.com
 
Visuels : Michelangelo Merisi, dit Caravage, Judith décapitant Holopherne, 1598, huile sur toile, 145x195 cm. Gallerie Nazionali di Arte Antica di Roma. Palazzo Barberini, Rome © Gallerie Nazionali di Arte Antica di Roma. Palazzo Barberini Foto di
Mauro Coen.
Michelangelo Merisi, dit Caravage, Le Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier, 1602, huile sur toile, 129 × 94 cm. Musei Capitolini, Pinacoteca Capitolina, Rome – Archivio
Fotografico dei Musei Capitolini © Roma, Sovrintendenza Capitolina ai Beni Culturali