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« Une sélection des meilleures expositions à voir actuellement à Paris et en Ile de France »

Expo à Paris

Agustin Cárdenas : Mon ombre après minuit

Lorsqu’il arrive à Paris fin 1955, le sculpteur cubain Agustin Cárdenas (1927-2001) est déjà reconnu dans son île natale. Installé à Montparnasse, il est rapidement adoubé par le groupe surréaliste, André Breton en tête. Élève d’un disciple de Bourdelle, Cárdenas donne dans la capitale française (qu’il quitta en 1994 pour retourner mourir à Cuba) un nouvel élan à son œuvre aussi bien sculptée que dessinée ou peinte. Car, c’est ce qu’entend montrer cette exposition de la Maison de l’Amérique latine, l’importance de son œuvre graphique jusqu’alors quelque peu écrasée par sa sculpture. « Il ne pouvait pas ne pas dessiner ; c’était compulsif », dit encore aujourd’hui sa veuve Elena Cárdenas Malagodi, qui a assuré le commissariat de l’exposition avec un de ses petits-fils Atawal. Ce dernier suggère d’ailleurs que « le dessin était un outil de prospection pour l’artiste. » Pourtant, c’est bien la sculpture Mon ombre après minuit qui donne son titre à l’exposition (« le surréalisme de Cárdenas était aussi dans ses titres », souligne Elena), une œuvre originale en bois dont la copie en bronze trône dans la première salle du rez-de-chaussée comme un totem ; en quelque sorte le modèle du syncrétisme de Cárdenas, cette statuaire africaine frottée aux formes oniriques ou inconscientes, mouvantes en tout cas, du surréalisme.

Ce qui l’apparente à un autre fameux artiste cubain dont il était l’ami, son aîné Wifredo Lam (www.lagoradesarts.fr/Wifredo-Lam-Au-dela-des-prejuges.html). Ses dessins donnent à voir des formes imaginaires, des membres ou des branches articulés, des tubulures ou des tentacules, objets fantastiques jouant de l’ombre et de la lumière, parfois des couleurs. Hormis Mon ombre après minuit, les quelques belles pièces sculptées qui ponctuent l’exposition sont des marbres fait d’un bloc tout juste mis en formes par l’artiste comme de sensibles suggestions d’une réalité imaginée, Marbre à la main de l’enfant ou Autoportrait rêvé. Adepte de la taille directe, Cárdenas était considéré comme un « maestro » à Carrare où il passait la plupart de ses étés. Yolanda Wood, historienne et critique d’art cubaine, analyse ainsi l’œuvre du sculpteur : « Cárdenas a manié les cultures américaines, européennes et africaines – au-delà de toute réduction ethnologique - pour offrir des formes « idéales » au sens platonicien du terme, inaugurant ainsi un nouveau langage de la statuaire au XXe siècle. Ces œuvres nous placent face à des mondes rencontrés, provocatrices de l’œil et de l’esprit et évocatrices d’un dialogue plutôt introspectif et sensuel. »
Une exposition courte et sobrement mise en scène pour découvrir, ou redécouvrir sous un angle nouveau, un artiste qui compte.

Jean-Michel Masqué

Visuels : Agustin Cardenas à côté de Mon ombre après minuit, 1963. Bois polychrome, 245x120 cm. Atelier de Meudon. Photo © Pierre Golendorf.
Agustin Cardenas, Sans titre, s. d. Aquarelle, pastel et encre sur papier. 66 x 47,5 cm.

Archives des expos à Paris
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Du 6 février au 25 avril 2020
Maison de l’Amérique latine
217 Boulevard Saint-Germain (Paris, 7e)
Du lundi au vendredi de 10h à 20h, samedi de 14h à 18h
Entrée libre
01 49 54 75 00
www.mal217.org