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Expo à L'étranger

Edward Hopper (1882-1967). Paysages de l’Amérique

Ne vous attendez pas à retrouver Nighthawks ou les huis-clos urbains dans lesquels rêve quelque esseulée ou s’ennuie quelque couple indifférent. Les commissaires ont pris le parti de nous faire découvrir, avec une bonne soixantaine de toiles et œuvres sur papier couvrant les années 1909-1965, un Edward Hopper (1882-1967) paysagiste de l’Amérique, peintre d’activités de plein air, de la navigation de plaisance au simple bain de soleil. Une facette méconnue de son talent, qui souligne en particulier ses affinités avec le cinéma, “tant dans ses thèmes, le paysage américain ou la vulnérabilité de l’homme au 20e siècle, que dans sa lumière et ses cadrages”, souligne Wim Wenders. Il faudra d’ailleurs prendre son temps pour voir le film en 3D de Wenders (14 mn), Two or Three Things I Know about Edward Hopper, qui rend hommage au peintre en jouant avec quelques- unes de ses toiles, dont Gas, 1940, qu’il transforme et prolonge en mini-nouvelles cinématiques.

Dans les années 20, pour gagner sa vie, Hopper est illustrateur pour des revues, développant des thèmes qu’il reprendra dans ses toiles (les bureaux, par exemple) mais, une fois le succès assuré par une exposition en 1924, il ne revient pas à cette technique. Dès 1930, un de ses tableaux est acheté par le MoMA et il est sélectionné pour la Biennale de Venise en 1952, où sa peinture est qualifiée par un critique italien de “froide et sûre, presque cynique” mais “disant quelque chose sur l’Amérique du Nord”. Les paysages silencieux mais réalistes, aux contours marqués, inondés de soleil, presque banals, renvoient de toute évidence à l’intimité même de Hopper, peintre taiseux, qui confie à son galeriste qu’il cherche à traduire sa “réaction la plus intime au sujet, tel qu’il lui apparait, quand il l’aime le mieux”. On comprend son idée en regardant l’explosion chromatique de Railroad Sunset, 1929, moment éphémère qu’il a su saisir à point nommé. Deux huiles peintes pendant l’un de ses séjours parisiens en 1909 sont les seuls paysages non américains de l’exposition. Très attaché au Maine, Hopper créée de nombreuses marines jouant sur les contrastes. Sur ses huiles, des océans que l’on devine houleux s’écrasent sur des falaises ou des rochers massifs, le bleu du ciel ou de l’eau s’opposent aux ocres et marrons quasi cézanniens de la roche et l’ombre et la lumière se partagent les rochers (Square Rock, Ogunquit, 1914) alors que, à l’aquarelle, des eaux calmes baignent des rochers presque transparents (Rocky Shore and Water, 1923 ou 24).

À Cape Ann, en 1928, il peint le paysage et ce qui y fait intrusion, emblèmes de la vie moderne, poteaux électriques, wagons de marchandise, voitures, station-service, satisfaisant là son désir de peindre l’Amérique, son immensité même impactée par la main de l’homme maintenu en dehors de la toile (Route 6, Eastham, 1941).

Une des plus belles salles de l’exposition (choisie pour résonner avec le bassin à l’extérieur de la vaste baie vitrée) est celle consacrée à la voile. Que ce soient des phares solitaires dressés contre la mer ou le ciel, ou des voiliers surfant la vague (on s’amusera de voir que les deux voiliers au premier plan de Lee Shore, 1941 sont soumis à deux vents contraires), Hopper s’est toujours attaché aux motifs nautiques et nous embarque aisément.
On connait l’amour de Hopper pour les maisons de la Côte Est des États-Unis. Fermées sur leur intimité ensoleillée malgré un rideau entr’ouvert ici ou là, elles semblent sourire au spectateur, tout en le gardant à distance. Et lorsque leurs habitantes se montrent, c’est toujours avec un regard perdu vers l’horizon, protégeant ce qui se passe dedans aussi bien que dehors (Cape Cod Morning, 1950). À chacun de laisser son subconscient forger une histoire.

Il faudra s’attarder sur les travaux sur papier, moins connus, qui ne sont pas des travaux préparatoires mais des œuvres en tant que telles, souvent exécutés depuis la banquette arrière de sa voiture. Des tableaux, des aquarelles, des dessins qui tranquillisent, tout en gardant leur part d’intrigue. Une bonne raison d’aller les découvrir.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Edward Hopper, Railroad Sunset, 1929. Huile sur toile, 74.5 x 122.2 cm. Whitney Museum of American Art, New York ; Josephine N. Hopper. Bequest, Inv. N. : 70.1170. © Heirs of Josephine Hopper / 2019, ProLitteris, Zurich. Photo : © 2019. Digital image Whitney Museum of American Art / Licensed by Scala.
Edward Hopper, Cape Ann Granite, 1950. Huile sur toile, 73.5 x 102.3 cm. Collection privée © Heirs of Josephine Hopper / 2019, ProLitteris, Zurich.
Edward Hopper, Cape Cod Morning, 1950. Huile sur toile, 86.7 x 102.3 cm. Smithsonian American Art Museum, Gift of the Sara Roby Foundation © Heirs of Josephine Hopper / 2019, ProLitteris, Zurich. Photo : Smithsonian American Art Museum, Gene Young.

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Infos pratiques
Du 26 janvier au 17 mai 2020
Fondation Beyeler
Baselstrasse 77
CH – 4125 Riehen
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Nocturne le mercredi jusqu’à 20h
Entrée : CHF 25
www.fondationbeyeler.ch

Catalogue : 148 p, 110 illustrations, 30 x 27,40 cm. Ed. Ulf Küster pour la Fondation Beyeler. 58€.