L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

Des lieux de patrimoine et des maisons d’artistes à visiter. L’occasion de balades "découvertes culturelles et artistiques"
spacer

Patrimoine

Eglise Saint-Martin d’Amblainville. Délire néo-gothique

Eglise Saint-Martin
Nef St-Martin
Nef et choeur St-Martin
Chaire St-Martin
Détail de la chaire
Confessionnal
Détail du confessionnal
Adoration des bergers
Statue Ancien Testament
Fac-similé grotte de Lourdes
Miracle de la rose
Peinture murale
poutre à engoulant
Sphinge
voûte en croisées d'ogives
Baptistère à 2 vasques

Enrichie au XIXe siècle d’extravagants décors néogothiques et d’un fac-similé de la grotte de Lourdes par le très exalté abbé Eugène Barret, l’église Saint-Martin d’Amblainville (XIe siècle) est une surprenante curiosité architecturale et artistique.

Héritière de plus de dix siècles d’histoire, classée Monument Historique en 1982, Saint-Martin domine une vaste plaine agricole du Vexin français avec son interminable clocher pointu. Si la construction d’une première église à Amblainville remonte sans doute au Xe siècle, comme tend à le prouver l’emploi de pastoureaux, ces petits moellons présents de part et d’autre du portail, la nef est très certainement agrandie au cours du XIe siècle, comme en témoigne sur le mur sud l’utilisation de l’opus spicatum, cette manière de poser les pierres en épi (ou en arêtes de poisson). Le chœur est ensuite édifié au XIIIe siècle, ses voûtes sont appareillées, son mur du fond est plat, percé d’un triplet de fenêtres ogivales, l’ensemble embrassé par une large arcature en plein-cintre. Les colonnes sont couronnées de chapiteaux sculptés de feuilles, motif classique très populaire. C’est aussi au XIIIe siècle que l’on édifie la tourelle d’escalier polygonale, permettant l’accès aux combles et au clocher à charpente, avec sa cloche en bronze datée de 1679 et baptisée Marie Anne.
La voûte est superbe, en berceau lambrissé, ornée de frises et de pendentifs. Elle est divisée en cinq travées par des poutres à engoulants ; ces impressionnantes sculptures polychromes à tête de loup, situées à l’extrémité des entraits, et semblant avaler ces pièces maîtresses de la ferme (assemblage triangulaire de la charpente).
Exceptionnel aussi le carrelage XIXe (faïencerie d’Auneuil) dont les motifs de cavaliers, d’animaux et de fleurs de lys évoquent chasses et tournois, peut-être celui du Pas des armes de Sandricourt, célèbre tournoi de chevalerie qui s’est déroulé en septembre 1493, à quelques centaines de mètres de là.
La chapelle nord dédiée à la Vierge Marie est embellie de deux panneaux de faïence polychrome (Faïence de Choisy-le-Roi, manufacture Boulenger), œuvres de Charles Lévêque, peintre verrier à Beauvais à la fin du XIXe siècle. Celui de gauche évoque sainte Élisabeth de Hongrie et le miracle des roses, celui de droite la présentation de la Vierge au temple. L’église possède aussi un riche pavement, une belle piéta en pierre polychrome fin du XVe siècle (restaurée récemment par la commune) et un Christ en croix, en bois polychrome, fin du XVe siècle, hélas très abimé.

Mais les décors les plus spectaculaires sont sans conteste la chaire, le confessionnal, le chemin de croix et la dizaine de statues situées de chaque côté de la nef. Tous ont été créés à la fin du XIXe siècle par l’abbé Eugène Barret, avec l’aide d’un -ou plusieurs- artistes dont le sculpteur Joseph Marçais. On leur doit également deux autels en pierre dont l’un soutenu par des sphinges, ainsi qu’un haut relief représentant l’Adoration des bergers encadré de deux statues en ronde-bosse, Adam et Eve. Spectaculaire, la chaire à prêcher occupe toute la hauteur de la nef. Elle est édifiée sur quatre grands livres posés sur tranche et dédiés aux sciences du beau, de la raison, de la nature et de la religion. L’abat-voix est surmonté de deux étages d’auditeurs sculptés, comme accoudés à une balustrade. On y voit aussi plusieurs mascarons, dont une sainte Trinité et une frise avec les douze apôtres. Dominant l’ensemble, trois grands personnages féminins symbolisent les trois vertus : la foi tenant un authentique ostensoir (rappel de l’eucharistie), la charité et l’espérance pointant son doigt vers le ciel. Dans le même esprit, le confessionnal, gravé des Dix Commandements, est rehaussé de trois têtes : celles d’un démon, du roi David et de Bethsabée, symbolisant les péchés terrassés par l’archange saint Michel, incarnant la rédemption. L’ensemble est dominé par un christ polychrome monumental. De part et d’autre de la nef, les quatorze tableaux illustrant les scènes du chemin parcouru par Jésus portant sa croix sont en bas-reliefs de plâtre, illustrés de textes et de peintures sur verre semblables à des enluminures. Au fil du parcours, douze grands personnages, en ronde-bosse de terre cuite et plâtre, tissent un lien avec l’Ancien Testament. Ultime folie architecturale de l’abbé Barret, une grotte de Lourdes occupe une grande partie du bas-côté nord de l’église. Cette imposante rocaille est un élément rococo qui concourt à l’originalité de l’église Saint-Martin. Exclue du classement de l’église en 1982, sa démolition fut même envisagée.

Plusieurs statues et bas-reliefs ont hélas disparu, tout comme la grande ornementation qui se dressait au-dessus du maître-autel. Introuvable aussi Le Mariage mystique de sainte Catherine, devant saint Sébastien, une copie du tableau que fit Corrège en 1526-1527, réalisée par la célèbre copiste Amélie Lecointe au XIXe siècle. Gravement endommagée par le temps, l’intérieure de l’église, de sa voûte Renaissance à ses sculptures et bas-reliefs néo-gothiques est en péril. De sérieux travaux de restauration sont indispensables pour sauvegarder ce lieu exceptionnel.

Catherine Rigollet – Août 2019
Photos Lionel Pagès © L’Agora des Arts