L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

"Une sélection des meilleures expositions en France"

Expo en France

Georges Michel. Le paysage sublime

Si le nom de Georges Michel (1763-1843) vous est sans doute inconnu, en revanche, son talent de paysagiste n’a pas échappé à Van Gogh, fin connaisseur de son œuvre et qui le cite abondamment dans ses lettres. Ainsi, se promenant dans le Borinage, Van Gogh observant la nature écrit : « En général, il flotte par-dessus une sorte de brouillard, ou bien c’est un capricieux effet de lumière et d’ombre dû aux ombres des nuages qui font penser aux tableaux de Rembrandt ou de Michel ou de Ruisdael » (19 juin 1879). Attiré par les mêmes motifs que « Maitre Michel », comme il le nomme, Van Gogh dit aussi avoir envie de renouer comme lui avec des couleurs plus élémentaires. Des ocres notamment, caractéristiques des paysages de Georges Michel : des plaines immenses et mélancoliques, avec des premiers plans très sombres, des arbres souvent exagérément grandis, jusqu’à être inquiétants (L’Orage, 1828), une quasi-absence de personnages, des effets de lumière en second plan et des ciels immenses et orageux.

Georges Michel n’a toujours peint que des paysages, la colline de Montmartre au temps des moulins et les plaines d’Ile-de-France, en très grand nombre. Mais rompant avec la peinture d’histoire, biblique ou mythologique, fortement inspiré par la peinture paysagiste hollandaise du XVIIe siècle (ce qui lui vaudra le surnom de « Ruisdael français »), il précède les peintres naturalistes de l’école de Barbizon, ne s’intéressant qu’à la nature « en soi », aux arbres, et aux éléments météorologiques, surtout lorsqu’ils se déchaînent. Ce qui l’incite à peindre de violents clairs-obscurs, comme dans Un orage se prépare (1828) ; une toile dominée par des arbres foudroyés dont l’ombre noire se découpe au premier plan. Une peinture évoquant la palette sombre de Géricault.

Toutefois, si le thème ne varie pas chez Georges Michel, le style si, et de manière quelquefois si tranchée que l’on se demande parfois si on a affaire au même peintre. Quelle distance en effet entre ses tableaux « à la manière des hollandais », très dessinés, minutieux dans les détails (Le Moulin d’Argenteuil, vers 1830), et des œuvres d’une grande liberté gestuelle, où plaine et ciel, réduits à deux espaces de peinture vibrant sous une touche enlevée et nerveuse, s’affrontent de part et d’autre d’un horizon immense. C’est le cas de La Plaine Saint-Denis ou encore de Paysage orageux, une œuvre d’une grande modernité ayant appartenu au marchand Paul Durand-Ruel et qui fut gravée dans la monographie d’Alfred Sensier, publiée en 1873 et basée sur le témoignage de la seconde épouse du peintre. Des tableaux non datés et non signés, comme la majorité des œuvres de Georges Michel ; un anonymat certes revendiqué par l’artiste, mais qui complique diablement l’attribution de ses peintures.

L’exposition présente 58 œuvres (42 peintures et 16 dessins), mises en perspective avec des productions d’artistes hollandais du XVIIe siècle qui inspirèrent Georges Michel (dont Ruisdael et Rembrandt avec l’eau forte, Les Trois arbres, 1643 prêtée par la Fondation Custodia) et de ses contemporains (comme Rousseau ou Fragonard). Le catalogue édité par la Fondation Custodia apporte un précieux éclairage sur l’œuvre de Michel qui exposa aux Salons entre 1791 et 1814, avant de ne plus jamais faire parler de lui, jusqu’à la vente de son fonds d’atelier en 1842, un an avant sa mort.

Catherine Rigollet

- On profitera de cette exposition pour visiter le Monastère royal de Brou, ce chef d’œuvre du gothique flamboyant voulu par Marguerite d’Autriche (1480-1530) pour abriter le tombeau de son troisième époux Philibert le Beau (1480-1504), duc de Savoie, et le sien. Unique en France par son style bruxellois, le monastère est remarquable par la dentelle de pierre de ses sculptures, sa remarquable toiture de tuiles vernissées « à la bourguignonne », ses trois cloîtres et la richesse des collections de son musée des beaux-arts.
- À voir aussi au Monastère royal de Brou : l’exposition Quel chantier !
Jusqu’ au 31 décembre 2017 En savoir plus.

Archives des expos en France
spacer


Du 7 octobre 2017 au 7 janvier 2018
Monastère royal de Brou
Bourg-en-Bresse (Ain)
Tous les jours, de 9h à 12h et de 14h à 17h
Tarif plein : 8€
Tél. 04 74 22 83 83
www.monastere-de-brou.fr
 
Visuels : Georges Michel, Orage sur la vallée de la Seine. Huile sur panneau, 97 x 127 cm. Collection privée. ©Didier Michalet (DMKF). Georges Michel, L’Orage, 1828. Huile sur toile, 25,5 x 33,5 cm. Signé et daté en bas à gauche : « G. Michel 1828 ». Toulon, musée d’art. Georges Michel, La plaine Saint-Denis. Huile sur papier, 46 x 60,5 cm marouflé sur toile. Besançon, musée des Beaux-arts et d’archéologie, dépôt du musée du Louvre.
 
- L’exposition sera présentée à la Fondation Custodia, à Paris, du 27 janvier au 29 avril 2018.