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Expo à Paris

A la recherche des oeuvres disparues de Giacometti

Au cours de sa formation auprès d’Antoine Bourdelle à l’Académie de la Grande Chaumière, le jeune Alberto Giacometti (1901-1966) produit beaucoup et sans doute détruit tout autant. Son père, le peintre impressionniste Giovanni Giacometti qui l’a initié dans son atelier, affirme alors : « bien sûr il ne faut pas se contenter facilement ni avoir peur de détruire pour refaire (…), mais on ne peut atteindre dans une seule œuvre la perfection ou la relative perfection à laquelle on aspire ». Sans compter qu’à partir de 1926, installé définitivement dans son minuscule atelier au 46 rue Hippolyte-Maindron dans le quartier de Montparnasse, Alberto se voit souvent dans l’obligation de jeter des œuvres anciennes pour faire de la place afin d’en produire de nouvelles. Parfois, c’est aussi par insatisfaction ou pour mieux recommencer. Sans compter que la main de Giacometti n’est pas toujours la seule fautive.

Pour garder la trace de ses œuvres détruites, comme de celles qui rejoignent les musées et les collections privées, Giacometti les reproduit dans ses carnets, les documente, les fait photographier par Man Ray, Marc Vaux et d’autres, note leur localisation quand il la connait, écrit parfois « distrutto » quand il en a la certitude…Semant autant d’indices précieux derrière lui.
À l’aide de ses croquis, carnets de notes, correspondance avec ses proches et photographies d’archives, l’exposition dévoile plus de soixante-dix œuvres dont on a perdu la trace, offrant également un aperçu des réflexions et du processus créatif de l’artiste. Ainsi, de ses années à la Grande Chaumière, une seule sculpture a survécu, un Autoportrait (1925) acquis entre 1927 et 1930 par un ami artiste suisse. Il s’agit d’une rare représentation « académique » de l’être humain avant que Giacometti se tourne vers la simplification des formes, jusqu’aux limites de l’abstraction comme dans sa période cubiste puis surréaliste.

Des reconstitutions documentaires en trois dimensions ont été réalisées pour l’exposition. Ainsi, Oiseau silence créé pour le VIe Salon des Surindépendants en 1933, salon dissident de celui des Indépendants. Mannequin (1932-1933), une des variantes de Femme qui marche (1932-1936), la célèbre œuvre surréaliste sans tête ni bras inspirée de l’art égyptien, est une figure longiligne qui évoque plutôt les mannequins de vitrines prisées des surréalistes. Dans cette version, la sculpture est dotée d’une hampe de violon en guise de tête et de longs bras et de mains en forme de fleur et de plumes.
Petit homme (1926-1927) dans sa version en plâtre (la seule connue) photographiée en 1927 avant d’être cassée et détruite. Le tableau Sculpture (vers 1927-1930) est une pièce exceptionnelle dans l’œuvre d’Alberto car cette rare peinture évoque une sculpture intitulée Composition (réalisée en bois ou terre cuite ? dans les années 1927-1929), laissant supposer l’importance aux yeux de l’artiste de conserver la trace d’une sculpture disparue.
Grâce à un croquis, on retrouvera aussi dans l’exposition le souvenir de la fameuse grande Girafe en bois peint que Giacometti réalisa en 1932 avec Luis Buñuel et qui disparut sans une explication à peine exposée dans le jardin de Charles et Marie-Laure de Noailles. L’a-t-on alors jugée trop scandaleuse à cause des textes érotiques de Buñuel cachés sous les taches brunes de l’animal et que les visiteurs découvrent à l’aide d’un escabeau ? Autre pièce d’exception : Objet surréaliste (1932), une rescapée. Mentionnée comme détruite par Giacometti, la sculpture en bois, cuivre et métal était encore dans l’atelier de l’artiste à sa mort en 1966, mais incomplète. À la demande de la Fondation Giacometti, elle fut complétée en 2015 par l’artiste Martial Raysse à partir des nombreux croquis laissées par le sculpteur.

On ne quittera pas l’Institut Giacometti, installé dans le bel hôtel particulier Art nouveau-Art déco du décorateur Paul Follot (1877-1941), sans une contemplation pleine d’émotion face au mythique atelier de Giacometti entièrement reconstitué.

Catherine Rigollet

Visuels : Alberto Giacometti et Petit homme (1926-1927) en plâtre. Photo : anonyme. Archives de la Fondation Giacometti, Paris.
Alberto Giacometti, reconstitution documentaire de Mannequin (1932-1933), réalisée en 3D d’après photographie. Documentation de la Fondation Giacometti © L’Agora des Arts.
Vue de l’atelier de Giacometti. Institut Giacometti, Paris © L’Agora des Arts.

Archives des expos à Paris
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Du 25 février au 12 avril 2020
PROLONGATION JUSQU’AU 21 JUIN
Institut Giacometti
5, rue Victor Schoelcher - 75014 Paris
Tarif plein : 8,5 €
Du mardi au dimanche, 10h - 18h
www.fondation-giacometti.fr