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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Jakuchu, Le Royaume coloré des êtres vivants

vendredi 21 septembre 2018

Du 15 septembre au 14 octobre 2018
Petit Palais
Avenue Winston Churchill
Paris 8ème
Ouvert du mardi au dimanche,
De 10h à 18h, mardi, mercredi et jeudi
De 10h à 21h, vendredi
De 10h à 20h, samedi et dimanche
www.petitpalais.paris.fr

Il faut absolument voir sans attendre cette exposition éblouissante qui ne sera présentée qu’un mois à peine. Prêt exceptionnel des collections impériales japonaises, ces œuvres fragiles d’Ito Jakuchῡ (1716-1800), peintre de la période Edo, sont exposées pour la seconde fois seulement en Occident (après Washington en 2012) et ne peuvent être exposées que pour une durée limitée. “La suprême habileté de la main qui compose ses peintures communique avec le divin,” disait un maître contemporain du peintre.

Ito Jakuchῡ, héritier du commerce de légumes familial, décide de se consacrer à sa passion, la peinture, à l’âge de 40 ans. Lié par une profonde amitié à un moine supérieur du monastère Shōkoku-ji de Kyoto près duquel il vécut ses dernières années, Jakuchῡ remit au monastère ces 30 rouleaux, créés entre 1757 et 1766 ; la famille impériale en fit l’acquisition en 1889 mais à la mort de l’empereur Showa (Hirohito) en 1989, les légua, avec une large partie de la collection impériale, à la nation.
Les trente rouleaux suspendus s’inspirent de la faune (oiseaux et poissons) et de la flore (arbres et fleurs) servis par un chromatisme audacieux, et par des techniques de peinture sur soie sophistiquées. Jakuchῡ peint un monde d’êtres vivants, qui ne laisse aucune place à l’être humain. Ici, des poissons en balade sous-marine (remarquez le petit poulpe accroché à l’une des tentacules maternelles), (Poissons, 1765-66), ou douze coqs aux plumages et aux postures toutes différentes (Coqs, vers 1761-65) ; plus loin, le jeu de séduction d’un coq et d’une poule mis en valeur par un fond neutre (Coq et poule, 1759) ou le canard mandarin en boule frileuse sur fond de neige (Canards mandarins dans la neige, 1759). Les arbres et les fleurs – pivoines, hortensias, roses, hibiscus sont eux aussi peints minutieusement, l’artiste en capture la luxuriance, les couleurs, la dynamique si tangible lorsque des pivoines s’offrent, littéralement, aux papillons (Pivoines et papillons, c. 1757).

Les restaurations ont décelé que Jakuchῡ laisse un infime espace de toile non peinte pour éviter les délinéations autour des pétales, ou peint le revers du tissu en ocre pour obtenir un doré plus léger à l’avers ; et qu’il utilisait déjà du bleu de Prusse, pigment préféré d’Hokusai que l’on croyait en être le premier utilisateur. Pour le blanc, il utilisait la coquille d’œuf et la laque noire qui donne son perçant aux yeux des volatiles.

Ces rouleaux sont accompagnés par trois autres œuvres, la Triade de Sakyamuni représentant le Bouddha entouré de deux Bodhisatva. Leur présence au milieu du Royaume Coloré imprègne de spiritualité bouddhiste cet hommage à une nature ni touchée, ni abîmée par la main humaine. Belle leçon !

Elisabeth Hopkins

Visuel : Ito Jakuchῡ, Vieux pin et phénix blanc, Sannomaru Shozokan, Agence de la Maison impériale.