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Expo à L'étranger

Jörg Immendorf. La tâche du peintre

La Haus der Kunst de Munich organise une exposition au Musée Reina Sofia à Madrid qui présente une rétrospective des 40 ans de carrière artistique du peintre expressionniste allemand Jörg Immendorff.

« I wanted to be an artist ! ». Grand dessinateur, peintre néo-expressionniste héritier de Grosz et de Beckmann, Jörg Immendorff (Bleckede, Germany 1945- Düsseldorf 2007) restera toute sa vie un artiste engagé dans l’action politique et sociale. Élève de Teo Otto, puis de Joseph Beuys en 1964, compagnon de route de l’Allemand de l’Est A.R. Penck, Immendorff laisse, malgré son décès prématuré en 2007, à 62 ans, une œuvre immense tant par sa puissance picturale que par l’intensité de son engagement.
La belle rétrospective que lui consacre le musée Reina Sofia à Madrid présente 40 années d’une carrière avec une centaine d’œuvres regroupées par thèmes. Parmi les prêteurs, des musées et des collectionneurs comme Michael Werner qui fut son ami et a acquis près de 700 toiles d’Immendorff, retraçant la totalité de son parcours.

On y retrouve sa vision critique et ironique du théâtre du monde, des bas-fonds à l’amour, des cafés-bars à l’argent, de la littérature à la politique, toujours omniprésente chez ce militant engagé contre la guerre au Vietnam. Né après la Seconde Guerre mondiale, la question de la division de l’Allemagne le taraude aussi. En témoigne sa série Café Deutschland sur les deux Allemagnes dans laquelle il confronte capitalisme et socialisme. Dans sa série, Café de Flore, qui fait suite à Café Deutschland, surgissent des artistes tels Max Beckmann, Otto Dix, Max Ernst, Breton, Duchamp ou Beuys…On est passé du réalisme froid à quelque chose de plus allégorique. La bande-dessinée semble aussi l’influencer dans ses compositions toujours aussi denses et fauves, où les images tentent à se superposer, où dessins et écrits se complètent. Mêlant réalité et fiction, sa pratique artistique restera indissociable de son activité d’enseignant en art à l’Académie de Düsseldorf et de ses activités politiques proches des maoïstes.

À partir de 1998, atteint par l’incurable ALS (amyotrophic lateral sclerosis), plus connue sous le nom de maladie de Charcot, il ne peut plus peindre lui-même. Dès lors, il expérimente et réalise, avec l’aide d’assistants, une peinture construite par la projection mentale : des toiles symboliques où se dessinent un fauteuil roulant sur fond de mur crevassé, une palette de peintre, un corps endormi dans un cerveau, un coquillage noir… Des sortes de collages de morceaux de mémoire. Dans Final Self-Portrait I – The Picture Calls, 1998, Immendorff se représente assis à une table face à une chandelle, enveloppé dans la silhouette d’un aigle, contemplant sa palette comme un rêve devenu inaccessible.

Catherine Rigollet

Visuel : Jörg Immendorff, Where do you stand with your art, colleague ? 1973. Acrylique sur toile. 130 x 210 cm (in two parts). Musée d’art moderne de la Ville de Paris.
Jörg Immendorff, Dans Café de Flore (avec Max, Otto, Ernst), 1987. Collection particulière. Photos L’Agora des Arts, 31 octobre 2019.

Archives des expos en europe
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Infos pratiques
Du 30 octobre 2019 au 13 avril 2020
Musée Reina Sofia – Madrid
Sabatini Building, Floor 1
Du lundi au samedi, de 10h à 21h
Dimanche, de 10h à 13h30
Fermé le mardi
Tarif plein : 8€ (collection permanente incluse)
www.museoreinasofia.es

A Paris, la galerie Suzanne Tarasieve expose des œuvres d’Immendorff, du 12 octobre au 30 novembre 2019.