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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Karel Appel. L’art est une fête !

jeudi 2 mars 2017

Du 24 février au 20 août 2017
Musée d’art moderne de la Ville de Paris
11, avenue du Président Wilson – 75016
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Plein tarif : 10€
Tél. 01 53 67 40 00
www.mam.paris.fr

 

À l’occasion d’une importante donation de vingt-et-une peintures et sculptures de la Karel Appel Foundation d’Amsterdam au musée d’art moderne de la Ville de Paris, le musée présente une exposition retraçant la carrière du peintre et sculpteur néerlandais Karel Appel (1921-2006), l’un des membres fondateurs du groupe CoBrA.

Le mouvement CoBrA est né il y a 60 ans à Paris, en novembre 1948, à l’initiative d’artistes venus de Copenhague (Jorn), de Bruxelles (Dotremont, Noiret) et d’Amsterdam (Appel, Constant et Corneille, lequel a longtemps vécu en France, près d’Auvers-sur-Oise, où il est décédé en 2010). En réaction contre l’art abstrait devenu académique, les artistes CoBrA prônent un art qui se veut expérimental et spontané. Ils se réfèrent à l’art populaire nordique, à l’art primitif, aux dessins d’enfants ainsi qu’à l’automatisme surréaliste. Mais ils s’opposent toutefois à la dimension mystique dans laquelle - pensent-ils - André Breton entraîne le surréalisme, et plus généralement à l’hégémonie de la peinture parisienne, préférant explorer d’autres pistes que l’on qualifierait aujourd’hui de libertaires ou d’alternatives.

À voir les premières œuvres de Karel Appel : un bestiaire stylisé puissamment coloré, une ambiance joyeuse, lyrique et solaire, des formats de plus en plus grands et une matière de plus en plus libre, gourmande et tumultueuse, on serait tenté de trop vite cataloguer l’artiste dans le registre d’une peinture festive et innocente, voire décérébrée. L’œuvre de Karel Appel va bien au-delà. À y regarder de plus près, les représentations naïves ne sont pas si enfantines, mais souvent hantées par l’étrangeté ou la violence. Son oiseau de nuit semble avoir deux têtes, ses visages sont grimaçants, ses corps sont contorsionnés, on se trouve plongé dans un univers qui évoque parfois le purgatoire et les enfers.

De façon formelle, son œuvre se teinte d’une véhémence de plus en expressive, une violence gestuelle monte. Il n’est que de regarder Appel se jetant, à l’instar des artistes américains De Kooning, Pollock et Sam Francis, dans un véritable corps à corps avec la toile, y projetant des couleurs pures sorties directement des tubes de peinture pour s’en convaincre (film de 1961projeté au cœur de l’exposition, extrait de 6 min).

Mais la forme est une chose, qu’en est-il du fond ? À partir des années 1960, s’éloignant quelque peu des thèmes animaliers et enfantins de la période CoBrA et du geste qui prime sur l’idée, Appel explore le nu et des paysages archaïques dans un style quasi abstrait. Inspiré par ses nombreux voyages aux États-Unis, au Mexique en Amérique du Sud, au Japon, en Indonésie, en Inde et au Népal, il combine peintures et divers matériaux (bois, plastique, polystyrène), sculpte. Il va même passer de la couleur au noir (Nu, 1989). Puis les œuvres se font de plus en plus narratives, les scènes empreintes de dramaturgie : Nu blessé, 1959. Enfant en flammes avec un cerceau, 1961 (guerre nucléaire ?). Les Décapités, 1982. La Chute du cheval dans l’espace silencieux, 2000. Une œuvre ultime épurée, sombre, évoquant l’angoisse de l’homme dans l’univers. Même ses monumentales installations inspirées du monde du théâtre et du carnaval sont d’une grande mélancolie. On est passé de l’émotion directe à la réflexion, sans que l’artiste ne perde sa jouissance à peindre. Un artiste à redécouvrir.

Catherine Rigollet

Visuels : Karel Appel, Oiseau de nuit, 1949. Huile sur toile, 75 x 100 cm. MAM-Ville de Paris. Photo : L’Agora des Arts.
Karel Appel, Nu, 1989. Huile sur toile. Paris, musée d’art moderne de la Ville de Paris. Photo L’Agora des arts.
Karel Appel, Nu jaune, 2000. Acrylique et huile sur toile. Photo : L’Agora des Arts.
Karel Appel, La Chute du cheval dans l’espace silencieux, 2000. Objets trouvés et huile sur bois, 144,8 x 243,8 x 162,6 cm. MAM-Ville de Paris. Photo : Fondation Karel Appel. ©Karel Appel Foundation / ADAGP, 2017.