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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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"L’Atlantique noir". Nancy Cunard. Negro Anthology (1931-1934)

jeudi 6 mars 2014

Du 4 mars au 18 mai 2014
Musée du quai Branly
Mezzanine Est
37, quai Branly - 75007 Paris
Tél. 01 56 61 70 00
mardi, mercredi et dimanche, de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi, de 11h à 21h
Plateau des collections (incluant les expositions des mezzanines) : tarif plein 9 €
www.quaibranly.fr

 

- À voir au même moment au musée du quai Branly : Bois sacré. Initiation dans les forêts guinéennes.
Sur le continent africain, le moment de l’initiation marque un passage obligatoire pour chaque individu. Pour certains pays d’Afrique de l’Ouest, c’est l’initiation Poro qui joue un rôle primordial dans plusieurs communautés dans la région. L’exposition porte plus précisément sur les sociétés secrètes des forêts guinéennes : Libéria, Guinée, Côte d’Ivoire.

Beauté farouche, cheveux coupés à la garçonne, bras couverts de bracelets en ivoire, yeux bleus immenses, Nancy Cunard fascine au premier regard et la vie de cette icône anticonformiste des années 1920-1930 est un passionnant roman. Héritière de la compagnie de paquebots transatlantiques de la Cunard Line, l’anglaise Nancy Cunard (1896-1965) rompit avec son milieu pour se lancer dans une vie de bohème dorée et intellectuelle à Londres puis à Paris où elle passera la majeure partie de sa vie. Femme engagée contre le racisme et le colonialisme, antifranquiste, elle fut tout à la fois poète, éditrice (The Hours Press), journaliste, collectionneuse (notamment de sculptures et d’ivoires africains), mais aussi femme fatale, modèle de Man Ray et muse d’Aragon qui tentera de se suicider pour elle. Nancy Cunard symbolise une période où l’avant-garde artistique et littéraire s’imbriquait avec le monde politique. Entre 1931 et 1934, à la suite de sa liaison avec le musicien de jazz noir Henry Crowder, désireuse de tordre le cou aux préjugés raciaux et de défendre l’égalité des races, Nancy Cunard qui vient de publier Le Nègre et Milady, libelle dans lequel elle dénonce le puritanisme anglo-saxon et le racisme de sa propre mère, devient une passionaria de la cause des Noirs. Elle se lance avec fougue dans la publication du Negro, anthologie de près de 855 pages, vaste enquête mêlant culture populaire, sociologie, politique, histoire et histoire de l’art, partitions musicales, photos, articles...

Parmi les cent cinquante contributeurs de cette grande enquête documentaire assez hétéroclite qui sera éditée à 1000 exemplaires, on croise des surréalistes français traduits par Beckett, de jeunes indépendantistes africains (Jomo Kenyatta et Nnamdi Azikiwe), des écrivains d’avant-garde anglo-saxons (dont Ezra Pound et Williams Carlos Williams), des militants africains américains (W.E.B Dubois), des écrivains et poètes noirs américains (Langston Hughes et Zora Neale Hurston). La section consacrée à l’Afrique est la plus importante. Des marchands, collectionneurs ou conservateurs (Charles Ratton, Carl Kjersmeier, Henry Lavachery ) sont chargés des textes sur l’art africain qui sont complétés par des photographies et dessins de sculptures, objets votifs, masques, fétiches provenant de collections muséales prestigieuses (British museum, musée d’ethnographie du Trocadéro et musée du Congo belge de Tervuren) et de collections particulières. Nancy Cunard a ajouté une longue liste de musées américains et européens qui conservent des objets africains.

La Negro Anthology ne fut pourtant pas une aventure tranquille. Nancy Cunard, qui affichait clairement l’opinion selon laquelle le racisme est un sous-produit de l’exploitation capitaliste fut violemment prise à parti, notamment lors de ses séjours aux États-Unis. À travers des documents d’époque et des photos de Man Ray, Raoul Ubac, Cecil Beaton, Curtis Moffat, l’exposition "L’Atlantique noir" de Nancy Cunard évoque sa vie engagée, mais aussi l’histoire intellectuelle, politique, sociale et artistique de la diaspora noire dans les années 1930, qui constitue la formation politique et culturelle transnationale que le sociologue anglais Paul Gilroy a pu nommer l’Atlantique noir. Nancy Cunard mourra en 1965, à 69 ans, spectrale, seule, à demi folle, dans l’anonymat d’un hôpital parisien, bien loin des années folles passées à écouter du jazz au Bœuf sur le Toit, de ses amours, de ses engagements et de la belle aventure de la Negro Anthology.

Catherine Rigollet

Visuel : Nancy Cunard, 1925. © Man Ray Trust - Adagp, Paris 2013 © Centre Pompidou.