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L’univers érotique d’Araki

lundi 6 juin 2016

Du 13 avril au 5 septembre 2016
Musée national des arts asiatiques – Guimet
6 Place d’Iéna - 75116 Paris
Ouvert tous les jours, sauf le mardi
De 10h à 18h
Entrée : 9,50€ (exposition temporaire et collections permanentes)
Gratuit le 1er dimanche du mois
www.guimet.fr

 

- Catalogue : une coédition Éditions Gallimard / musée national des arts asiatiques – Guimet. Relié, 304 pages, 719 illustrations. 39,90€

Nobuyoshi Araki (né en 1940) a pris, sur un demi-siècle, des milliers de photos de sa vie et du monde qui l’entoure. Sa réputation est basée sur ses images de jeunes femmes ligotées autant que sur son hommage, impudique pour certains, à son épouse Yoko et son témoignage photographique sur leur relation fusionnelle jusqu’à la mort de la jeune femme. Pour cette première exposition en France, 400 tirages (Araki ne travaille que sur pellicules) ont été sélectionnés et accrochés thématiquement. Les gros plans en couleurs de fleurs tactiles, métaphoriques et sensuelles font place à des vues de Tokyo, aux longues séries sur sa femme et leur vie en commun ; aux œuvres de bondage de jeunes filles au regard indifférent ; à des photos calligraphiées ou peintes, et, enfin, à des photos de ciels.

Pour Araki, « photographier c’est avant tout une façon d’exister », une existence faite de désir, d’amour et de mort. La série Voyage sentimental/Voyage d’hiver, des photos allant de 1971 à 1990, est un émouvant hommage à son épouse : leur voyage de noces, la mort de celle-ci, et enfin leur chat (on pense à Bébert, chat de Céline non moins photogénique) qui semble chercher désespérément l’absente. Bien sûr, si l’on peut reprocher à l’artiste d’offrir sa vie privée intime, très intime, trop intime peut-être, au tout venant, à voir ces photos de petit format en noir et blanc que l’on “lit” comme un rouleau ancien, on ne pense qu’à la beauté de ce grand amour puis à la douleur d’une disparition trop précoce. On regarde les fleurs dans le cercueil et on réalise qu’on les a vues en grand format et en couleur en début d’exposition, avec la mine basse des fleurs fanées que l’on trouve dans les cimetières.

La série, grand format, des femmes ligotées, relève de l’art ancestral japonais très codifié, celui de ligoter les prisonniers, tel qu’on le voit sur une photo japonaise du 19ème siècle. Érotisé par Araki, cet art violent se met au service d’une forme d’esthétisme à la fois séduisant mais glacé. Ces jeunes femmes ne paraissent ni séductrices, ni soumises, on ne sent que de l’indifférence. Et pourtant, d’après l’artiste, ce sont elles qui ont demandé à être ainsi captées. On sait qu’au Japon, il en coûta à Araki des fermetures d’expositions et de virulentes critiques dans les années 80. Ici, le musée avertit, sur des panneaux et sur son site, que l’exposition, ouverte à tous sans limite d’âge, « présente des œuvres de nature à heurter la sensibilité d’un public jeune ou non averti ».

Aujourd’hui, privé de l’usage d’un œil, Araki montre sa face "peintre gestuel" qu’il a gardé cachée. Ses photos sont recouvertes de calligraphies ou de coups de pinceau aux couleurs vives, qui ne masquent pas le sujet, mais lui insufflent une nouvelle vie. Œuvres qui remettent en cause et enrichissent le médium en le transformant en vélin ou en toile. Dans un tout autre style, Araki se perd, via son objectif, dans des ciels, des nuages, des vents innombrables, derrière lesquels il sait que l’attend celle qui lui manque depuis tant de décennies. Artiste versatile s’il en est, libre de toute influence, tant sur la forme que sur le fond, Araki écrit donc son autobiographie en images. Du concret ici, du rêve là, de la discrétion plus loin, de l’érotisme là encore.

Nombril de son propre monde, créateur de ce qu’il définit comme « un jeu avec moi-même, … un paysage privé », Araki n’en ressent pas moins le besoin de faire entrer sans effraction des spectateurs inconnus dans ce macrocosme. D’où les nombreuses expositions sur tous les continents et la véritable bibliothèque qui ouvre l’exposition. Des dizaines de livres contenant textes et reproductions, édités par l’artiste. Et ils n’y sont pas tous !
On se sent tour à tour admiratif, ému, impliqué, vaguement mal à l’aise, un peu sceptique… mais l’expérience vaut d’être vécue.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Nobuyoshi Araki, Fête des anges : scènes de sexe (Feast of Angels : Sex Scenes), 1992, impression ultérieure directe RP. H. 45,4 cm ; L. 60,1 cm. Taka Ishii Gallery, inv. NA-PH_AbA_014 © Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery.
Amour de KaoRi (KaoRi Love), 2007, peinture acrylique sur deux tirages noir et blanc. H. 55,9 cm ; L. 91,4 cm, collection privée, New York © Nobuyoshi Araki/eyesencia.
Paysages avec couleurs (Colourscapes), 1991, impression numérique. H. 101,6 cm ; L. 125,8 cm. Yoshii Gallery, inv. YG-10907-NA © Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery.