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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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La Divine Comédie. Paradis, Enfer, Purgatoire, revisités par des artistes africains contemporains

vendredi 27 juin 2014

Heaven, Hell, Purgatory Revisited by Contemporary African Artists
Du 21 mars au 27 juillet 2014
MMK, Museum für Moderne Kunst
Domstrasse 10 - Frankfurt am Main
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Nocturne le mercredi jusqu’à 20h
Fermé le lundi
www.mmk-frankfurt.de

La contrainte paraît peu aisée. Comment une quarantaine d’artistes africains de différentes ethnies, cultures et croyances, vivant sur le continent noir ou exilés, peuvent-ils s’inspirer de séquences de La Divine Comédie de Dante dans leurs peintures, sculptures, installations, vidéo et photographies ?
Pour les mettre en scène, le musée a fait appel au curateur Simon Njami auquel on doit, entre autres, le commissariat de Africa Remix, au Centre Pompidou, en 2005. Il s’explique : « ce qui nous préoccupe ici ce n’est ni La Divine Comédie, ni Dante. C’est quelque chose de vraiment universel. Quelque chose qui nous touche tous, au plus profond de nous-mêmes, quelles que soient nos croyances ou nos convictions : notre relation à l’au-delà. » Comme il l’avait fait pour l’exposition parisienne, Simon Njami a scindé le parcours en trois thèmes, dantesques quand même : le paradis, l’enfer et le purgatoire, chacun occupant un niveau du musée.
Entrons d’abord au paradis (puisque les œuvres paradisiaques sont au premier niveau), accueillis par Pascale Marthine Tayou (né en 1987) et ses Cercles de Cristal, une installation de trois enceintes rondes en tissus rouges, blancs et noirs, chacune surmontée d’une boule de cristal. Noir pour la guerre, blanc pour la paix, rouge pour la vie. Les couleurs de notre “monde civilisé brutal”. Chemin vers le paradis peut-être, ou peut-être plus simplement interrogation sur les relations entre l’Islam, la femme et la société de consommation, Zoulikha Bouabdellah (1977) a installé des tapis de prière avec une paire de chaussures à talon posées iconoclastement au centre de chacun.
La femme encore dans Houris, Rêve de Martyrs, de Majida Khattari (1966), dont la vidéo relate la performance de 72 jeunes femmes vêtues de voiles et de masques, symboles des 72 vierges qui attendent le martyr au paradis.

Au purgatoire, le lien entre les œuvres et le thème est apparemment plus ténu. Que ce soient : les miroirs "recousus" de Kader Attia (1970) (allusion aux gueules cassées et réparées du premier conflit mondial), les magnifiques photos de Kluanji Kia Henda (1979), des autoportraits de l’artiste dans un vieux théâtre de Lisbonne, qui se réfèrent aux tensions causées par la présence des Africains sur le sol européen, le duel mis en scène par Yinka Shonibare (1962), avec personnages victoriens sans tête auxquels il nous a habitués, ou une vidéo très méditative de Youssef Nabil (1972), symbole de son errance depuis son départ d’Égypte, avec retour à la mère, incarnée ici par Fanny Ardant.

« J’aime l’idée qu’il faut grimper pour arriver en enfer, » dit M. Najmi.
Au troisième étage, on retrouve donc le fil barbelé Concertina que Kendell Geers (1968) offre, cette fois, sur des toiles aux couleurs vives, nouvelle méditation sur les dichotomies contemporaines : violence/poésie ; destruction/création ; corps/âme.
Plus loin, une installation de Wangechi Mutu (1972) illustre les massacres du Rwanda – les tables sur lesquelles on jetait les corps, les bouteilles de lait et de vin, symboles des débuts et fin de la vie. Enfin, les photos d’une femme au corps et visage teints en blanc (se cacher derrière un masque pour survivre), les mains en rouge (culpabilité d’en vouloir toujours plus) de l’éthiopienne Aïda Muluneh (1974).

On aimerait parler de chaque œuvre, chacune porteuse d’une symbolique, d’un questionnement, chacune reflet de la culture africaine dans ses similarités et ses différences, chacune témoignage sur le monde contemporain, sur l’homme confronté à une violente globalisation et à des religiosités conflictuelles, chacune porteuse d’espoir et de spiritualité. Une exposition qui change votre regard sur l’Afrique, l’art, la vie, la mort, sur vous-même peut-être. Une formidable exposition.

Elisabeth Hopkins

Visuel : Yinka Shonibare, How To Blow Up Two Heads At Once (Gentlemen), 2006. Installation view MMK Museum für Moderne Kunst Frankfurt am Main. Photo : Axel Schneider © MMK Frankfurt.
Visuel vignette : Aïda Muluneh, The 99 Series, 2013. © Aïda Muluneh