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Expo à Paris

La collection Alana et ses chefs-d’œuvre de la peinture italienne

C’est une chance que l’on n’aura peut-être plus avant longtemps : découvrir environ 75 œuvres de maîtres italiens des 14e au 17e siècles, empruntées à une collection privée de la côte Est des États-Unis, qui en possède environ 450, et n’est pas ouverte au public. La collection Alana -des prénoms des collectionneurs Alvaro Saieh et Ana Guzmán-, fait écho par sa vision de la Renaissance italienne à celle de Nélie Jacquemart et Édouard André, visible au même étage.

Si le tout premier achat des propriétaires de la Collection Alana fut une Madone de Giovanni Batista Salvi, peintre du 17e siècle, ils se sont rapidement intéressés aux Primitifs, au Gothique et à la Renaissance (montant en parallèle une bibliothèque de quelques 10 000 volumes sur les artistes et les œuvres). Accrochant leurs œuvres sans hiérarchie mais dans une grande profusion géométrique, indifférents à leur valeur sur le marché, ils avouent que « chacune des œuvres rassemblées incarne le souvenir d’une pensée ou d’une réflexion, d’un lieu ou d’une rencontre… »

Au fil des salles, se déroule l’histoire de l’art pictural italien. On retrouve les “fonds d’or”, prolongation du style byzantin dans les œuvres des 14e et 15e siècles, alors que les innovations stylistiques s’imposent peu à peu : introduction d’éléments architecturaux, gestuelle plus naturelle, dans une variété de style propre à chaque foyer artistique toscan. À l’aube du 15ème siècle, dans une Florence aux mains de puissantes familles marchandes, les peintres abandonnent la tradition initiée par Giotto et adoptent le style sinueux et coloré du gothique international (L’Annonciation, c. 1420-1424, Lorenzo Monaco), ou dotent leurs figures d’une certaine sculpturalité (Saint Jean L’Évangéliste, c. 1432-1434, Filippo Lippi). Vers la fin du même siècle, on voit apparaitre des Madones debout sur une architecture avant que ne s’installe la dictature théocratique de Savonarole, et ses prêches moralisateurs pour un nouvel idéal esthétique.

La peinture vénitienne du 16ème siècle présente ici illustre les évolutions de la technique picturale : l’huile remplace la tempera, la toile le panneau de bois et la couleur prime sur le dessin (Saint Pierre et Saint Paul, c. 1585-1588, Véronèse), alors qu’à Florence, Giorgio Vasari, auteur des “Vies”, remet au goût du jour une peinture élégante et précieuse, soutenue par les Médicis, revenus au pouvoir (Allégorie des fruits d’automne, c. 1570-74, Vasari). Dans le sillage de la Contre-Réforme, ce maniérisme cédera le pas à un baroque réaliste et exubérant, des compositions asymétriques éclairées par zones, où vêtements et nuées semblent animés par un vent invisible (L’Annonciation, c. 1600-1605, Orazio Gentileschi).

Alvaro Saieh et Ana Guzmán avaient en commun ce goût pour « la simplicité sophistiquée de l’art de ces périodes » qui ne cesse de « véhiculer, dans un langage très pur et symbolique, des contenus humains, éthiques et religieux ». Cette exposition qui enchante et surprend nous le fait partager.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Antonio Vivarini, (Venise et Veneto, vers 1415 – 1476/1484, documenté à partir de 1440), Saint Pierre Martyr exorcisant un démon ayant pris les traits d’une Vierge à l’Enfant, vers 1450. Tempera et or sur panneau, 53,4 x 36 cm, Collection Alana, Newark, DE, États-Unis, Photo : © Allison Chipak.
Vittore Carpaccio, (Venise, 1465 – 1525/1526), Engelpietà, vers 1490. Technique mixte sur panneau, 32,2 x 53 cm, Collection Alana, Photo : © Allison Chipak.
Fra Filippo Lippi, (Florence, vers 1406 – Spolète, 1469), Saint Jean l’Évangéliste, vers 1432-1434.Tempera et or sur panneau, 42,8 x 32 cm, Collection Alana, Photo : © Allison Chipak.

Archives des expos à Paris
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Du 13 septembre 2019 au 20 janvier 2020
Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann - 75008 Paris
Tous les jours, de 10h à 18h
Nocturne le lundi jusqu’à 20h30
Entrée : 14,50 €
www.musee-jacquemart-andre.com
- Catalogue de 216 pages, avec illustrations des œuvres présentées dans l’exposition. 35 €