L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

"Une sélection des meilleures expositions à voir actuellement à Paris et en Ile de France"

Expo à Paris

Le parti de la peinture. Nouvelle sélection d’œuvres de la Collection de la Fondation Louis Vuitton

Plutôt que de “parti de la peinture”, on pourrait parler pour ce nouvel accrochage d’une “extension du domaine de la peinture”. En dévoilant quelque 70 œuvres de sa collection, alors que l’exposition simultanée de toiles impressionnistes venues de Londres va monopoliser médias et public, la Fondation prouve une fois de plus la qualité et la sûreté de ses acquisitions.

Les œuvres, datant de 1960 à 2018, incluent de la peinture sur toile ou font intervenir des supports et des techniques différentes, et le mot “peinture” prend parfois des formes inédites, comme chez Dan Flavin, dont les néons sont accrochés au mur comme une toile. Mais on ne boudera pas son plaisir.

L’exposition s’ouvre sur une salle spectaculaire dédiée à 8 tableaux grand format de Joan Mitchell, créés alors qu’elle habitait Vétheuil depuis une dizaine d’années. Avec sa peinture gestuelle en balayages plus ou moins appuyés et en coulures, servie par une palette variée, se concentrant parfois sur une seule couleur (Tilleul, 1978) ou explosant dans un camaïeu de jaunes très Van Goghien (diptyque Two sunflowers, 1980), Mitchell, “impressionniste abstraite”, offre sa vision lyrique de la nature. Cette salle est curieusement balafrée par une barrière de modules de cèdre de Carl André : Est-elle là pour casser l’effet “white cube” ?

Dans la grande galerie, dans une sage prolongation des tentatives du groupe Support-Surfaces, sont exposés des artistes qui cherchent, plus ou moins, à s’affranchir de la toile – Raymond Hains travaille sur des panneaux publicitaires métalliques (Sans Titre, 1990). Mark Bradford utilise un agrégat de chutes de papier et de morceaux de posters figé sous une couche de résine (Constitution III, 2013) et Nick Mauss revient au fixé sous verre. On s’affranchit aussi du pinceau, remplacé par des dessins numériques (Albert Oehlen), une impression monumentale de photo (Wade Guiton), ou une juxtaposition d’objets, néons ou barres de fer peintes, désolidarisés de la toile peinte qui ancre pourtant l’œuvre (Relâche, 1992 de François Morellet).

Et pour la bonne bouche, au dernier étage, les peintures de Gehrard Richter, ses paysages abstraits qui accrochent et emmènent le regard jusqu’à un horizon incertain, les figures avenantes d’Alex Katz dans des paysages fluides, ou la géométrie monochrome d’Ellsworth Kelly.

La sélection des œuvres peut être mystérieuse : Infinity Mirror Room – Phalli’s Field, 1965/2013 de Yayoi Kusama est l’une de ses fameuses installations aux miroirs, ici un moutonnement de formes phalliques en tissu à pois rouge, multiplié à l’infini par un jeu de miroirs hypnotisant qui s’empare du spectateur. À chacun d’y trouver sa peinture.

Voilà une exposition stimulante dont la thématique permet de belles découvertes, tel Ettore Spalletti dont les monochromes géométriques méditatifs renvoient, nous disent les cartels, aux couleurs des Abruzzes.

Elisabeth Hopkins

- À voir aussi à la Fondation Vuitton jusqu’au 17 juin 2019
La Collection Courtauld. Le parti de l’Impressionnisme.

Archives des expos à Paris
spacer


Du 20 février au 26 août 2019
Fondation Louis Vuitton
8, Avenue du Mahatma Gandhi
Bois de Boulogne - 75116 Paris
Ouvert tous les jours, de 11h à 20h
Le vendredi jusqu’à 21h ou 23h les soirs de nocturne
Entrée : 16 € (inclut l’entrée au jardin d’Acclimatation)
www.fondationlouisvuitton.fr
 
Visuels page expo : Carl André, Draco, 1979, sculpture en modules de cèdre rouge.
En arrière-plan : Joan Mitchell, Beauvais, 1986. Huile sur toile, 280 x 400,1 cm
Collection de la Fondation Louis Vuitton, Paris. © The Estate of Joan Mitchell.
Photo : L’Agora des Arts.
Gerhard Richter, 20.2.08, 2008. Laque émaillée sur photographie couleurs, 34 x 42 cm. Collection Fondation Louis Vuitton, Paris. © Gerhard Richter 2019 (16012019). Photo : Courtesy Marian Goodman, Paris.
Visuels vignette : François Morellet, Relâche n°4, 1992. Crayon sur mur, acrylique et huile sur toile, aluminium laqué, tubes de néon, rubans de toile, 360 x 314 cm. Collection Fondation Louis Vuitton, Paris. © ADAGP, Paris 2019. Photo : © Julie Joubert. Courtesy studio François Morellet and kamel mennour, Paris/London.