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« Une sélection des meilleures expositions à voir actuellement à Paris et en Ile de France »

Expo à Paris

Léon Spilliaert. Lumière et solitude

Spilliaert est l’homme des nocturnes brumeuses et glaçantes, des plages immenses et vides nimbées de lumière blafarde, des personnages fantomatiques enfermés dans leur solitude, des autoportraits énigmatiques au regard halluciné. Né à Ostende en 1881, cet artiste déroute par ses œuvres austères explorant des angoisses existentielles, mais fascinantes par la puissance de leur imaginaire.

Spilliaert est quasiment autodidacte, n’ayant fréquenté que quelques mois l’Académie des beaux-arts de Bruges, mais il s’est nourri des œuvres picturales d’Odilon Redon ou James Ensor et des écrits d’Emile Verhaeren et Maurice Maeterlinck.
S’il déménage à Bruxelles à l’âge de 20 ans et vit et travaille entre ces deux villes jusqu’à la fin de sa vie, il réalise la majeure partie de son œuvre dans sa ville natale, baignée de la mer du Nord, cette mer qui est pour lui « un enchantement » qu’elle soit d’huile ou tempétueuse (Paysage nocturne. Dune et mer déchaînée, vers 1900-1902). Les encres, les crayons de couleurs, l’aquarelle et le lavis sont ses médiums de prédilection, le papier son support quasi exclusif.

Inclassable Spilliaert qui oscille sans cesse entre le symbolisme fin de siècle par ses paysages intérieurs au réalisme magique (Feuilles blanches, 2 novembre, vers 1908), le surréalisme d’un Chirico par ses compositions très construites, épurées (Brise-lames au poteau, 1909) et l’expressionnisme par ses autoportraits d’homme tourmenté, dans lesquels il semble se scruter lui-même comme hanté par la mort (Autoportrait au miroir, 1908). « Ah ! Si j’étais débarrassé de mon caractère inquiet et fiévreux, si la vie ne m’avait pas dans ses serres » (1904). Chez Spilliaert, le noir et le bleu nuit semblent les uniques couleurs durant des années.

Sa palette va se colorer à partir des années 1910, comme dans cette silhouette de femme réalisée à l’encre et au pastel nimbée de couleurs chaudes et de lignes nerveuses qui créent l’impression du mouvement (Soirée d’octobre, 1912). Une inédite représentation d’un personnage en mouvement chez l’artiste. Un tournant radical s’amorce dans son travail, et bientôt dans sa vie. En 1916, il épouse Rachel Vergison et leur fille unique Madeleine naît en novembre 1917. Dans ses œuvres tardives, la quiétude et la couleur (souvent vive) vont remplacer l’inquiétude et le noir, mais perdre aussi en intensité.

L’exposition, la première en France depuis près de 40 ans, ne constitue pas une rétrospective monographique, mais présente quatre-vingt-dix de ses œuvres des années 1900 à 1919, les plus sombres et graves, les plus intenses et radicales aussi.

Catherine Rigollet

- À voir aussi au musée d’Orsay : Beardsley (1872-1898).
L’univers étrange, érotique et anticonformiste d’un dessinateur virtuose disparu prématurément à l’âge de vingt-cinq ans laissant une œuvre intense et prolifique.
Du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021


Visuels : Léon Spilliaert, Phare sur la digue, 1908. Lavis d’encre de Chine, pinceau, poudre d’argent et crayon de couleur sur papier. 64 x 48,6 cm. Collection privée.
Léon Spilliaert, Autoportrait au miroir, 1908. Lavis d’encre de Chine, gouache, aquarelle et pastel sur papier, 48 x 63 cm. Collection Mu.ZEE, Oostende.
Léon Spilliaert, Femme de pêcheur sur le ponton, 1909. Lavis d’encre de Chine, pinceau et crayon de couleur sur papier, 65,3 x 50,3 cm. Collection privée.
Léon Spilliaert, Soirée d’octobre, 1912. Encre de Chine, pinceau, crayon de couleur, craie de couleur et pastel sur carton. Collection privée, héritiers Maurice Verbaet.
Photos : L’Agora des Arts, 12-10-2020.

Archives des expos à Paris
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Du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris
Du mardi au dimanche, 9h30-18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45
Tarif plein : 14 €
Réservation obligatoire
Tél. 01 40 49 48 14
www.musee-orsay.fr