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Expo à Paris

Stéphane Thidet. Désert

Après Régis Perray, Ken + Julia Yonetani, Koïchi Kurita ou encore Les Frères Chapuisat, c’est au tour de Stéphane Thidet, dont on a pu voir récemment les œuvres au Palais de Tokyo (Inside en 2014) et au Collège des Bernardins à Paris (Solitaire en 2016), d’investir l’abbaye cistercienne de Maubuisson. Et de faire résonner ses œuvres contemporaines avec l’architecture, l’histoire et la vocation de ces bâtiments construits au XIIIe siècle.

En miroir avec l’abbaye, ce lieu de retraite spirituelle, d’isolement, de silence, de contemplation, semblable au désert recherché par les ermites, Stéphane Thidet a choisi de créer trois installations contextuelles. Toutes ont pour point commun l’épure, le symbolique et le minimal ; Stéphane Thidet travaillant toujours avec des éléments qui l’environnent.

Dans la vaste salle des religieuses, c’est un paysage lunaire qui s’offre au spectateur, juste troublé par la présence de quelques blocs de pierre qui ont étrangement glissé dans l’argile crue, laissant un sillon dans la matière comme trace de leur mobilité. Un peu plus loin est un geste architectural de l’artiste qui entend évoquer ces énigmatiques pierres qui se déplacent mystérieusement sur la surface asséchée du lac californien de Racetrack Playa aux États-Unis. Effet de la Lune évoquent certains (?).

Dans la salle du parloir, seul lieu où les moniales étaient autorisées à converser, deux grands disques de métal surgissent des pénombres. Leur ombre se découpe sur le mur semblable à une éclipse de Soleil, tandis que la pièce résonne de vibrations. Une étonnante musique astrale correspondant aux fréquences radio de planètes, notamment du soleil, captées de nuit, et retransmises le jour grâce à une antenne radio que l’artiste a installée dans le parc de l’abbaye. À l’écoute de ce son des planètes, le corps du visiteur s’immobilise et son esprit s’évade dans le ciel. D’un soleil à l’autre, offre une belle alliance de la science et de la poésie.

Changement de décor dans la salle du Chapitre où six lits de fer s’alignent comme dans un dortoir. Mais des matelas qui couvrent ces lits sortent des arbrisseaux de Gattiliers. Appelé également « l’arbre à poivre », cet arbre aux fleurs d’un violet lumineux était connu depuis l’Antiquité gréco-romaine, notamment pour ses « vertus » anaphrodisiaques. Pour calmer leur libido et purifier leur nuit, moniales –et moines- parsemaient leur matelas de graines. Stéphane Thidet a imaginé que ces graines de Vitex agnus-castus puissent germer et pousser…Cette œuvre vivante (qui refleurira l’été prochain) joue avec la fertilité de plantes censées réduire la fertilité des humains. Un savoureux contraste.

Pour mieux comprendre les subtilités des trois installations du « Désert » de Stéphane Thidet, on regardera avec intérêt le film documentaire sur le montage de l’exposition. Et on ne manquera pas la projection vidéo (9 min) que l’artiste a souhaité ajouter à son exposition. Installée dans les anciennes latrines, Half Moon (2012) est une rencontre insolite de la vie sauvage nocturne dans un endroit habité. Une œuvre fascinante qui résonne bien avec le parc de l’abbaye, tel qu’on l’imagine la nuit tombée.

Catherine Rigollet

Visuels : Stéphane Thidet, Vues de l’exposition Désert, Maubuisson, novembre 2016 : Un peu plus loin/RaceTrack  ; Insomnies/Les Gattiliers ; D’un soleil à l’autre/Le Son des planètes. Photos L’Agora des Arts.

Archives des expos à Paris
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Du 11 novembre 2016 au 27 août 2017
Abbaye de Maubuisson
Avenue Richard de Tour
95310 – Saint-Ouen-L’Aumône
Entrée libre
Tél. 01 34 64 36 10
www.valdoise.fr/614-l-abbaye-de-maubuisson.html