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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Toulouse-Lautrec à la Belle Époque

jeudi 7 décembre 2017

Du 1er décembre 2017 au 10 juin 2018
Fondation Pierre Gianadda
Rue du Forum 59
Martigny (Suisse)
Tous les jours de 10h à 18h
Plein tarif : 18 CHF (16,50 €)
www.gianadda.ch

 

Visuels : Henri de Toulouse-Lautrec, La Clownesse assise - Mademoiselle Cha-U-Kao,1896. Lithographie en couleurs, 55 x 40 cm. Collection particulière © Peter Schälchi. Exposition Fondation Gianadda 2017.
Maurice Guibert, Toulouse-Lautrec en pied avec sa canne, vers 1892. © Musée Toulouse-Lautrec, Albi. Exposition Fondation Gianadda 2017.

French Cancans-Une collection privée

Dans le paisible Valais suisse, irrigué par le Rhône et chapeauté par les Alpes, la fondation Gianadda de Martigny fait un peu figure de volcan éruptif, laissant déborder de larges coulées de lave artistique sur la plaine engoncée… Le tempérament ardent du mécène Léonard Gianadda est pour beaucoup dans la libération de ce flot d’art permanent qui déferle depuis près de quarante ans sur la tranquille Martigny, notamment sous la forme d’expositions temporaires (deux par an) qui ont souvent fait date. L’actuelle exposition Toulouse-Lautrec à la Belle Époque se situe dans cette lignée haute en couleurs. Certes, en ce XXIe siècle déjà bien entamé, l’art d’Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) ne choque plus grand monde, même si sa courte vie trépidante exhale toujours quelques effluves de scandale. Préparée avec gourmandise par Daniel Marchesseau, commissaire très lié à la Fondation, cette exposition d’affiches et d’estampes est aussi iconique que surprenante. Elle est d’emblée remarquable par le simple fait d’avoir pu rassembler trente affiches originales sur les trente-et-une que Lautrec réalisa entre 1891 et 1900. Un « collectionneur européen, privé et anonyme » a mis à la disposition de la Fondation son exceptionnelle collection d’affiches et d’estampes (lithographies) de Lautrec, soit 120 œuvres se répondant les unes les autres selon les techniques utilisées et les thèmes abordés.

Iconique, cette exposition l’est dans la mesure où le visiteur se trouve face aux images originales et grandeur nature qui symbolisent depuis un siècle dans le monde entier le Paris de la Belle Époque : Le Moulin Rouge-La Goulue avec la danseuse en pleine lumière et la silhouette excentrique de Valentin le Désossé en premier plan, les lithographies d’Aristide Bruand aux Ambassadeurs ou à l’Eldorado, l’affiche du même Bruand, simplement de dos, tous les soirs au Mirliton, ou encore les figures dessinées du Montmartre de la nuit et de la danse, May Milton et May Belfort, Jane Avril et Yvette Guilbert. L’estampe Mademoiselle Marcelle Lender, en buste est une prouesse technique en huit couleurs. L’épreuve d’essai imprimée en noir et le dessin original de l’affiche en couleurs Moulin Rouge-La Goulue exposés permettent d’apprécier la méthode de travail de Lautrec. « L’artiste a utilisé à la fois un pinceau et un crayon lithographique, mais l’élément le plus novateur est la technique au crachis qui lui a permis d’obtenir de subtiles nuances et de riches mélanges de couleurs », écrit Hilliard T. Goldfarb dans le catalogue richement illustré qui complète l’exposition. La technique du crachis consiste à passer un couteau sur une brosse à dents encrée afin d’obtenir une fine projection d’encre.

Cette exposition est aussi surprenante qui donne à voir l’expression des talents de graveur de Lautrec dans d’autres domaines que celui des cabarets, cafés-concerts et théâtres, à travers des œuvres souvent moins connues. Par exemple son travail pour les feuilletons publiés dans les journaux, Au pied de l’échafaud ou Le Pendu. On admire l’affiche pour La Revue blanche des frères Natanson ou encore les cyclistes de La Chaîne Simpson, les lithographies pour le roman Reine de joie de Victor Joze. En habitué, et même résident, des maisons closes, Lautrec rend hommage au quotidien des filles de joie dans un délicat album de lithographies, Elles, ici dévoilées. En regard des œuvres de Lautrec, des textes de chansons gaillardes et réalistes, extraits de textes enlevés de Banville, Huysmans, Verlaine ou du Père Peinard et photographies accompagnent la plongée du visiteur dans le climat de l’époque.

Dans les espaces souterrains de la Fondation, l’exposition se prolonge par l’accrochage d’une quarantaine d’œuvres graphiques de contemporains et amis de Lautrec, de la célèbre affiche de Steinlen pour le Chat Noir à la magnifique série des « Saltimbanques » de Picasso. On pénètre aussi dans le panthéon Nadar, une incroyable collection de portraits photographiés de célébrités de l’époque mais aussi des modèles féminins croqués par Lautrec. Après ce tourbillon « fin de siècle », le visiteur pourra flâner ou se reposer dans le jardin aux 43 sculptures de la Fondation. Une visite à perdre haleine !

Jean-Michel Masqué