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Au diapason du monde

Il a bien fallu trouver un fil rouge pour irriguer ce nouvel assemblage très divers d’œuvres de la collection de la Fondation Vuitton. Une sélection qui va de Matisse à une très jeune artiste du nom de Bunny Rogers. Qui associe du déjà-vu (la taxidermie chevaline de Cattelan) à de l’iconique dont on ne se lasse pas (Giacometti). Qui mêle des toiles, des sculptures, des installations et des vidéos à voir chaussé de lunettes 3D. La thématique est bien précisée : les œuvres questionnent la place de l’homme dans l’univers et ses liens au monde du vivant. Aussi précise qu’elle soit, elle permet tout et son contraire. Mais les œuvres étant le plus souvent intéressantes, on ne s’en plaindra pas.
On peut monter directement au second niveau pour un premier parcours, monopolisé par un Takashi Murakami, aussi manga et fleuri que d’ordinaire. Il faut savoir trouver dans ses œuvres monumentales et ses sculptures colorées des allusions à des catastrophes humaines ou des inspirations Taoïstes. On est surtout bien conscient que toute collection qui se respecte se doit d’avoir son ou ses Murakami.
L’autre parcours est plus éclectique : l’une des galeries est quasiment cosmique : y conversent des œuvres symbolisant la lumière (un néon de Dan Flavin), le vent et les nuages (une vidéo de Trisha Donnelly), le minéral ou l’animal (ou une combinaison des deux dans Cambrian explosion 10, 2013 de Pierre Huyghe). Des œuvres utilisent les couleurs de l’arc en ciel (Lilak, 1982 de Gerhard Richter) alors que les néons de L’Avalanche, 2006 de François Morellet illustre comment notre univers peut mêler en un même tout l’ordre et le chaos, l’ombre et la lumière la chute et l’élévation. Et pour sonoriser ce cosmos pictural, Christian Boltanski nous offre “les voix des âmes flottantes et la musique des astres” avec des centaines de clochettes japonaises filmées dans le désert chilien. Un moment méditatif bienvenu.
Après ce voyage cosmique, on redescendra, au propre et au figuré, vers l’humain, son corps et ses réactions à un monde qui évolue. L’homme qui chavire de Giacometti donne le ton, d’un être en équilibre instable dans un monde qu’il comprend et contrôle de moins en moins, un monde déjà influencé par le transhumanisme. La sculpture n’a plus, avec la peinture, le monopole de la figure humaine, comme l’attestent ici l’hologramme (Dominique Gonzalez-Foerster), le corps modélisé sur ordinateur (Bunny Rogers) ou un automate du 18ème siècle (filmé par Philippe Parreno).
Cette exposition veut faire réfléchir aux grandes questions philosophiques. Elle piétine joyeusement dans le domaine de l’intellectuel sans que soient effleurés les problèmes concrets qui bouleversent notre monde, les guerres, les migrations, les famines… Manquerait-il une dimension aux œuvres ou au discours qui les accompagne ? On finit par regarder et apprécier les œuvres pour ce qu’elles sont, sans trop se soucier de la façon dont elles peuvent symboliser l’une ou l’autre des facettes du grand plan démiurgique.
Elisabeth Hopkins
Visuels : François Morellet, L’avalanche, 2006. 36 tubes de néon bleu de 250 cm, transformateurs et câbles haute tension, 370 x 770 x 670 cm. © Adagp, Paris 2018 ©Mnam Centre Pompidou / Georges Meguerditchian.
Alberto Giacometti, Homme qui chavire, 1950. Bronze peint, Ed. 5/6, Alexis Rudier Fondeur – Fonte 1951. 59,1 x 26,5 x 27,5 cm. © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris). Adagp, Paris, 2018. © Primae / David Bordes.
Pierre Huyghe, Cambrian Explosion 10, 2013. Aquarium, écosystème marin vivant, roche volcanique, sable. 175 x 200 x 200 cm. © Adagp, Paris 2018 © Stefan Altenburger Photography Zürich.
Wilhelm Sasnal, Bathers at Asnières, 2010. Huile sur toile, 160 x 120 cm. © Wilhelm Sasnal 2010-2018 © Courtesy Foksal Gallery Foundation, Varsovie.

Du 11 avril au 27 août 2018
Fondation Louis Vuitton
8 avenue du Mahatma Gandhi,
Bois de Boulogne, Paris 16e
Lundi, mercredi et jeudi, 12h à 19h
Vendredi, 12h à 21h (22h le 1er vendredi du mois)
Samedi, dimanche, de 11h à 20h
(Vérifier les horaires pendant les vacances scolaires)
Fermé le mardi
Entrée :14€
www.fondationlouisvuitton.fr