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Musée Courbet

Grande gueule, épris de liberté, refusant d’être rattaché à une chapelle, un parti ou une école, républicain engagé dans le Commune et ennemi juré de Napoléon III, Courbet fut longtemps proscrit pour sa mauvaise réputation comme pour les audaces de sa peinture réaliste souvent jugée difficile et sombre. « Gustave Courbet fait irruption dans le monde de l’art à partir du Salon de 1849, où il est remarqué pour son tableau Une après-midi à Ornans », souligne Frédérique Thomas-Maurin, conservateur du musée Gustave Courbet à Ornans qui a relevé avec enthousiasme le défi de donner au site une dimension nationale, voire internationale.
À Ornans, tout évoque la mémoire du plus célèbre des enfants du pays qui y est né en 1819. À commencer par l’hôtel Hébert que le jeune Gustave habita avec sa famille entre 1829 et 1834, probablement après l’incendie de leur ferme de Flagey en 1827. Il a conservé son authenticité et son petit jardin surplombant la Loue, rivière torrentueuse dont l’artiste a représenté la source dans au moins une douzaine de tableaux. Aujourd’hui réuni à deux autres bâtiments, la maison Borel et l’hôtel Champereux, il forme le nouveau musée Courbet (labellisé « musée de France »), propriété du Conseil général du Doubs et rouvert après travaux en juillet 2011. La nouvelle configuration permet de réaliser des expositions temporaires en simultané avec l’exposition permanente, judicieusement installée dans l’atmosphère d’antan de l’hôtel Hébert et donnant envie de partir illico sur les traces de Courbet pour retrouver dans la région ces paysages qui l’ont tant inspiré.
Le parcours chronologique retrace sa vie et son œuvre d’Ornans à Paris où il part se former à vingt ans notamment en copiant les maîtres anciens au Louvre, jusqu’à l’exil en Suisse en 1873, poursuivi pour ses activités pendant la Commune. Il y mourra en 1877. Entre temps, l’artiste fougueux est devenu un très grand peintre, capable du grand écart entre des portraits réalistes et austères et des vues de plages composées de larges surfaces planes à la limite de l’abstraction ; des paysages lumineux et pré-impressionnistes dans lesquels il excella et qui rappellent que lors de séjours en Normandie, en 1865, Courbet travailla avec Whistler, Boudin et Monet, étudiant avec eux les phénomènes de dilutions chromatiques.
Parmi les 75 œuvres exposées au musée d’Ornans, 45 Courbet, œuvres du musée et prêts (notamment de l’Association des amis de Gustave Courbet, créée en 1938 et qui possède sa propre collection). Des portraits, comme l’impressionnant grand-père Oudot, révolutionnaire de 1789 et anticlérical qui influencera beaucoup Courbet, des animaux, des scènes de chasses et des paysages, de son pays natal surtout, et qui sont « paysages de l’âme » autant que photographies des lieux. « Pour peindre un pays, il faut le connaître. Moi je connais mon pays, je le peins. Ces sous-bois, c’est chez moi, cette rivière, c’est la Loue, celle-ci le Lison ; ces rochers, ce sont ceux d’Ornans et du Puits noir. Allez-y voir, et vous reconnaîtrez tous mes tableaux ».
Pas de chefs d’œuvre ni de grands tableaux aujourd’hui répartis dans le monde entier, mais les plus emblématiques sont évoqués (en reproductions et dans un film), à commencer par le plus spectaculaire, Un enterrement à Ornans (1849-1850, Orsay, Paris), immense toile (H.315 x L.668) dans laquelle il représente grandeur nature, tels qu’ils sont (même avec leur trogne rouge comme celle des deux bedeaux), une cinquantaine de villageois. Une toile dont le réalisme, la laideur des personnages, l’absence de centralité choqueront lors de sa présentation au Salon de 1850-51. Courbet a signé quant à lui une œuvre manifeste du Réalisme, en rupture avec la tradition picturale, émouvante et vraie. « Il faut encanailler l’art » écrit-il, ce qui ne l’enfermera jamais dans un mouvement ; « il restera influencé par le romantisme et même Ingres » souligne Frédérique Thomas-Maurin.
Catherine Rigollet
Actualité :
À voir au musée jusqu’au 18 avril 2016 : Le Retour de la conférence, une exposition-dossier sur une œuvre satirique et subversive de Courbet, disparue en 1900.
Lire l’article.
Visuels : Gustave Courbet, Autoportrait à Sainte-Pélagie, vers 1872, huile sur toile. Musée Gustave Courbet, dépôt de la ville d’Ornans. ©musée Courbet – Conseil général du Doubs.

Musée Courbet
1, Place Robert Fernier - 25290 Ornans (Doubs)
Tous les jours sauf le mardi
De juillet à septembre : 10h - 18h
D’octobre à juin : 10h - 12h et 14h - 18h
Tarif plein : 6€
Tél. 03 81 86 22 88
www.musee-courbet.fr
 
 
- Les sentiers de Courbet (6 plans détaillés disponibles au musée et à l’office de tourisme).
 
 

Atelier Gustave Courbet et Sentiers de Courbet


L’immense Atelier du peintre est l’une des compositions les plus mystérieuses de Gustave Courbet (1819-1877). Cette allégorie représente pour l’artiste sept années de sa vie artistique. "C’est le monde qui vient se faire peindre chez moi. À droite, tous les actionnaires, c’est à dire les amis, les travailleurs, les amateurs du monde de l’art. À gauche, l’autre monde de la vie triviale, le peuple la misère, la pauvreté, la richesse, les exploités, les exploiteurs, les gens qui vivent de la mort". Parmi les « célébrités », on reconnaît le collectionneur-mécène Alfred Bruyas, le philosophe Proudhon, le critique Champfleury, Baudelaire…Et au milieu d’eux, Courbet. L’Atelier est l’univers du peintre, Courbet en possédait deux, un à Paris (représenté dans la célèbre toile/musée d’Orsay) et l’autre à Ornans où il est né. Ce fut d’abord une petite pièce aménagée dans le grenier de la maison de ses grand-parents maternels, avant qu’il ne s’installe en 1860 dans l’ancienne fonderie Bastide.
Il le décore, y reçoit ses amis parisiens et pour agrandir encore l’endroit fait construire une dépendance sous la forme d’un chalet de bois qui n’existe plus aujourd’hui. En alternance avec Paris, il y travaillera jusqu’à son exil en 1873 à la Tour de Peilz, en Suisse, suite à son engagement durant la Commune, dans le courant des idées du philosophe Proudhon. Devenu par la suite entrepôt de vin, puis acheté par le conseil général du Doubs en 2007, l’atelier est cours de restauration. On distingue entre le haut du mur et le plafond, une large frise de paysages représentant la Seine à Bougival et l’Escault se jetant dans la mer et au plafond un ciel constellé d’hirondelles en papier collé. En attendant sa réouverture en 2014, la ferme de Flagey, propriété familiale des Courbet située dans la vallée de la Loue, restaurée et ouverte au public depuis juillet 2009, peut servir de point de départ pour des randonnées sur les traces de Courbet, du musée Courbet au cimetière d’Ornans où le peintre repose.